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Par Carenews INFO - Publié le 23 janvier 2026 - 11:43 - Mise à jour le 23 janvier 2026 - 13:10 - Ecrit par : Elisabeth Crépin-Leblond
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Le gouvernement lance « Talents de France », une initiative pour lutter contre les discriminations à l’emploi

La ministre chargée de la lutte contre les discriminations Aurore Bergé a officiellement lancé le 19 janvier le dispositif « Talents de France ». Il vise à lutter contre les discriminations à l’emploi par une opération de testing de CV et des groupes de travail sur les quartiers prioritaires de la politique de la ville et les territoires ruraux. Cette initiative se déploie néanmoins dans un contexte de restrictions budgétaires, touchant France Travail et les acteurs de l'insertion par l'activité économique.

La première partie du projet de loi de finances prévoit la suppression de 1038 postes pour France Travail ainsi qu’une baisse de financement de cet organisme par l’État de 390 millions d’euros. Crédit : Carenews / Elisabeth Crépin-Leblond
La première partie du projet de loi de finances prévoit la suppression de 1038 postes pour France Travail ainsi qu’une baisse de financement de cet organisme par l’État de 390 millions d’euros. Crédit : Carenews / Elisabeth Crépin-Leblond

 

Plus de neuf personnes sur dix considèrent qu’il existe des discriminations dans l’emploi, et la jeunesse paraît plus « surexposée aux discriminations », rapporte une étude publiée en décembre 2025 et menée par la Défenseure des droits avec l’Observatoire international du travail, à partir de données de 2016 et 2024.  

Dans son rapport annuel sur l’état de la France de 2025, le Conseil économique, social et environnemental (Cese) souligne quant à lui que l’égalité des chances est entravée par des facteurs territoriaux. « Les inégalités territoriales compromettent fortement l’égalité des chances, notamment dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV), les zones rurales et les Outre-mer où l’accès au logement, à la santé, à l’éducation, aux mobilités et aux infrastructures reste insuffisant », relève l’institution. « À cela s’ajoutent les moindres opportunités d’accès à l’emploi. Dans ces territoires, ce sont surtout les jeunes qui sont frappés par l’absence d’égalité des chances et d’opportunités économiques », met en avant le rapport.  

  

16 000 CV testés sur les discriminations à l’embauche 

  

« La France ne manque pas de talents mais elle en gâche », analyse à l’aune de ces résultats Thierry Beaudet, le président du Cese. « Les discriminations à l’embauche touchent des millions de personnes. Elles sont non seulement un frein à l’émancipation des jeunes mais soulèvent également des questions de performance économique », ajoute-il, lors d’un évènement organisé au siège de l’assemblée constitutionnelle lundi 19 janvier.  

 


Lire également : La formation des recruteurs, une solution contre les discriminations à l’embauche ? 


 

Le but de cette matinée est de présenter l’initiative « Talents de France », lancée par le ministère de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations. Alors qu’un « paradoxe » existe entre « des entreprises qui manquent de compétences » et « des personnes éloignées du marché du travail », « le principe de Talents de France est de permettre à chacun de trouver sa place », défend la ministre en fonction Aurore Bergé. 

Concrètement, le dispositif consiste en une campagne de testing de 16 000 CV répondants à 4 000 offres d’emplois dans 20 secteurs d’activités différents, pour mesurer l’état des discriminations sur le sexe, le nom, le prénom et le code postal. Les résultats seront publiés en juin. 

  

Des recommandations attendues sur les QPV et les territoires ruraux 

  

En parallèle, deux groupes de travail nationaux ont été constitués, réunissant des entreprises, des associations et France Travail. L’un, portant sur les zones rurales, est coordonné par Salomé Berlioux, fondatrice et directrice générale de l’association Rura (anciennement Chemins d’avenir), dont le but est d’accompagner les jeunes des zones rurales et des petites villes de France.  

Le second, dédié aux quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV), est coordonné par Saïd Hammouche, président-fondateur de la Fondation Mozaïk, dédiée à l’inclusion économique. Épaulés de groupe de travail régionaux, ils seront chargés de formuler des recommandations aux pouvoirs publics d’ici la fin du mois de mai.  

De son côté, Aurore Bergé a engagé un « tour de France » afin « d’associer largement les Français », par des rencontres avec les structures locales et par l’organisation de « grands débats » dans chaque région. Les premières étapes ont déjà eu lieu à la Réunion et en Bretagne. « Nous nous donnons six mois pour réussir », affirme la ministre, alors que le rapport final et les résultats du dispositif seront dévoilés en juin. 

 

La réponse passe aussi par la connexion à des acteurs économiques qui prennent le sujet à bras le corps ». Saïd Hammouche, président-fondateur de la Fondation Mozaïk.

L’engagement des entreprises en question 

  

Pour l’instant, concernant l’orientation et l’embauche des jeunes ruraux, « nous avons des décennies de retard », alerte Salomé Berlioux, lors du lancement de l’initiative. Si la directrice de Rura considère qu’il y a « une avancée sur la prise de conscience », « en termes d’égalité des opportunités, nous sommes encore loin du compte », affirme-t-elle, appelant notamment à « sortir des clichés misérabilistes et des images d’Épinal sur la campagne ».  

« Les biais vis-à-vis des jeunes ruraux ne sont pas du tout intégrés dans les dispositifs liés à l’emploi », souligne-t-elle. 

Saïd Hammouche pointe quant à lui une augmentation depuis 2012 des crédits dédiés aux QPV mais n’ayant pas permis, selon lui, « d’apporter de réponses systémiques ». « Ce n’est pas qu’une question d’argent. La réponse passe aussi par la connexion à des acteurs économiques qui prennent le sujet à bras le corps », appuie-t-il. Dans cette lignée, il met l’accent sur le nécessaire engagement des entreprises ainsi que sur le besoin « d’efforts de communication prolongés » et de mesure de l’impact des différentes actions entreprises pour l’insertion économique. 

 


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Un contexte budgétaire tendu 

  

Cette initiative gouvernementale se déroule par ailleurs dans un contexte budgétaire particulièrement tendu. Alors que le Premier ministre a actionné mardi 20 janvier l’article 49.3 de la Constitution pour faire adopter la première partie du projet de loi de finances, ce dernier prévoit la suppression de 1038 postes pour France Travail ainsi qu’une baisse de financement de cet organisme par l’État de 390 millions d’euros.  

Les acteurs de l’insertion par l’activité économique, qui ont déjà subi des coupes budgétaires l’année dernière, s’inquiètent également d’une nouvelle baisse des aides publiques en 2026. Dans un courrier envoyé au Premier ministre le 19 janvier, ils demandent une hausse de l'enveloppe allouée au secteur « pour assurer [leur] survie ». 

D’une manière générale, depuis plus d’un an, l’économie sociale et solidaire est concernée par des coupes budgétaires importantes. Le secteur représente pourtant « une part fondamentale dans la ruralité », souligne Christophe Brochot, cofondateur de l’association Bouge ton Coq, qui fédèrent des acteurs locaux pour dynamiser les territoires ruraux. Selon le ministère de l’économie, l’économie sociale et solidaire représente 13,8 % de l’emploi en zone rural. 

 

Élisabeth Crépin-Leblond 

  

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