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Par Carenews INFO - Publié le 10 février 2026 - 15:38 - Mise à jour le 10 février 2026 - 17:12 - Ecrit par : Camille Dorival
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Pour l'historien Pierre Rosanvallon, « le monde associatif a besoin de renforcer sa visibilité et sa légitimité »

Lors de l’événement « Droit de cité ! », organisé par le Mouvement associatif le 30 janvier à Paris, l’historien Pierre Rosanvallon a souligné les trois fonctions – sociale, culturelle et démocratique – jouées selon lui par les associations. Le mouvement a également annoncé le lancement d'une campagne de mobilisation citoyenne en 2026.

L'historien Pierre Rosanvallon lors de l'événement « Droit de cité ! » du Mouvement associatif, le 30 janvier 2026, à Paris. Crédit : Carenews.
L'historien Pierre Rosanvallon lors de l'événement « Droit de cité ! » du Mouvement associatif, le 30 janvier 2026, à Paris. Crédit : Carenews.

 

 

Rendre les associations plus visibles et affirmer leur rôle central dans la vie démocratique : c’est le but affiché par le Mouvement associatif pour cette année 2026. Après la mobilisation du 11 octobre 2025 autour du slogan « Ça ne tient plus », le mouvement qui regroupe les réseaux et fédérations d’associations organisait, le 30 janvier 2026, à Paris, la 4e édition de son événement bisannuel, « Droit de cité ! ». Avec la volonté d’échanger et de débattre sur le rôle et la place des associations dans les territoires.

« Avec le 11 octobre, nous avons montré que nous sommes nombreux et déterminés, et que défendre le modèle associatif n’est pas un combat corporatiste mais un combat démocratique », a plaidé Claire Thoury, présidente du Mouvement associatif, lors de cet événement. Malgré tout, depuis le 11 octobre, le monde associatif a fait les frais de certains arbitrages budgétaires. Ainsi, dans la version finale du budget de l’État pour 2026, les crédits attribués au programme « jeunesse et vie associative » ont été réduits de 24 % ; ceux liés à l’aide publique au développement de 18 %.

 


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Invité à intervenir le 30 janvier, l’historien Pierre Rosanvallon, professeur au Collège de France, a regretté que « le monde associatif [soit] en quelque sorte une variable d’ajustement budgétaire ». Pour lui, « si beaucoup de financements associatifs sont remis en cause, c’est pour une raison très simple : le monde associatif n’a pas de puissance de rétorsion ». « C’est pour cela qu’il a besoin de renforcer sa visibilité et sa légitimité », a-t-il ajouté.

 

Les trois fonctions du monde associatif selon Pierre Rosanvallon

 

Pour gagner en légitimité, le monde associatif doit savoir valoriser davantage les trois fonctions « incontournables » qu’il occupe, estime Pierre Rosanvallon. Pour l’historien, la première fonction des associations, la plus évidente et la mieux reconnue, est leur fonction sociale : leur travail de terrain, leur rôle de « réparation », mais aussi « d’expérimentation sur les territoires ».

La deuxième fonction des associations est culturelle. « Nous sommes dans des sociétés divisées, où les antagonismes et les idéologies sont puissants. Or, plus on est près des réalités, comme le sont les associations, plus le langage de l’idéologie recule », explique Pierre Rosanvallon. Les associations constituent pour lui donc « une école de la réalité qui réunit, crée du lien », face aux « réseaux sociaux et à certains médias qui pensent que leur audience n’est forte que lorsque les antagonismes sont montés en tête d’épingle ».

Enfin, les associations ont une fonction démocratique : elles ont « un rôle de représentation pour raconter ce qui se passe sur le terrain, pour être les porte-parole des sans-voix. Elles permettent de rendre présent aux yeux du monde ce qui se vit dans la société. » Ce rôle est indispensable, selon l’historien, à la fois « pour que ceux qui vivent ces réalités sentent qu’ils sont pris en compte, qu’ils ont de l’importance dans la société », mais aussi pour que « derrière des moyennes statistiques, derrière la raison technocratique », les décideurs politiques voient la réalité décrite par les associations et puissent la prendre en compte dans l’élaboration des politiques publiques.

« Si les associations parviennent à se relégitimer dans ces trois fonctions, elles seront reconnues comme une force démocratique indispensable », les encourage l’historien.

 

« Si les associations parviennent à se relégitimer dans [leurs] trois fonctions, elles seront reconnues comme une force démocratique indispensable. »

Pierre Rosanvallon

 

Une campagne de mobilisation citoyenne

 

Face à ces constats, le Mouvement associatif annonce le lancement, avec France Générosités, d’une grande campagne de mobilisation autour des associations. Intitulée « La France qui (se) bat », elle sera organisée tout au long de l’année 2026 et au-delà, dans la perspective notamment de l’élection présidentielle de 2027.

« La mobilisation aura lieu sur tous les territoires », précise Mickaël Huet, délégué général du Mouvement associatif. Son objectif : « faire reconnaitre pleinement le tissu associatif comme essentiel à notre modèle de société ».

Le premier rendez-vous de cette campagne est fixé au 14 avril : un webinaire dévoilera aux associations et fondations les grandes dates de mobilisation, ainsi que les kits de communication qui seront mis à disposition des relais et ambassadeurs de la campagne.

La mobilisation du grand public, elle, aura lieu à partir du 12 mai. Un site dédié à la campagne permet d’être informé des différentes étapes prévues.

 

10 % des emplois du secteur privé 

 

« Les associations sont des acteurs économiques majeurs : elles représentent 10 % des emplois privés en France, a souligné lors de l’événement Claire Thoury. Ces emplois ne sont pas délocalisables, ils sont structurants pour notre économie. »

Dans une tribune publiée sur Carenews en octobre 2025, à la veille de la mobilisation du 11 octobre, 3 300 responsables associatifs avaient rappelé le rôle essentiel de ces organisations dans le fonctionnement de la société. « Solidarités, éducation populaire, culture, sport, santé, environnement, accompagnement des plus fragiles, les associations sont au cœur de nos vies, au cœur de notre société, en France et à l’international. Elles donnent une voix à celles et ceux qui n’en ont pas, elles créent du lien, elles permettent l’engagement citoyen, elles rendent possible l’impossible », écrivaient-ils alors.

 

Claire Thoury, candidate à la présidence du Conseil économique, social et environnemental

Membre du Conseil économique, social et environnemental (Cese) depuis cinq ans, Claire Thoury a annoncé à l’automne 2025 sa candidature à la présidence de cette instance, en tant que présidente du Mouvement associatif. La nomination des membres du Cese et l’élection de leur président ou présidente aura lieu en avril prochain. Le président actuel, Thierry Beaudet, représentant du mouvement mutualiste, ne souhaite pas prolonger son mandat.

En tant sur membre du Cese, Claire Thoury a notamment présidé la convention citoyenne sur la fin de vie. Elle a également été rapporteure du rapport annuel sur « L’état de la France » en 2024.

 

Camille Dorival 

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