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Par Carenews INFO - Publié le 15 juin 2022 - 12:57 - Mise à jour le 22 juin 2022 - 18:07 - Ecrit par : Théo Nepipvoda
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Les COLLECTIFS : ce réseau de salariés engagés pour la transition écologique

Les COLLECTIFS est un réseau de collectifs de salariés qui veulent transformer leurs entreprises de l’intérieur. Rencontre avec l’un des initiateurs également porte-parole, Quentin Bordet, qui a lui-même fondé un collectif dans le cabinet de conseil BCG.

Quentin Bordet, un des initiateurs des COLLECTIFS. Crédit : MQ.
Quentin Bordet, un des initiateurs des COLLECTIFS. Crédit : MQ.

 

Dans les entreprises, des collectifs d’un nouveau genre ont fait leur apparition : des collectifs de salariés qui veulent agir pour transformer l’entreprise et la rendre plus verte. Les COLLECTIFS souhaite fédérer toutes ces initiatives au sein d’un réseau. Nous avons rencontré le porte-parole des COLLECTIFS, Quentin Bordet. Avant la naissance du réseau, il a lui-même créé un collectif dans son entreprise, BCG Consulting, après avoir développé de l'éco-anxiété. Rencontre dans le cadre d'une conférence sur la jeunesse du salon ChangeNOW.

 

  • Quand vous êtes arrivé dans votre entreprise, BCG, après vos études, vous êtes devenu éco-anxieux. Qu’est-ce que cela signifie ?

J’ai commencé au BCG en sortie d’études et à ce moment-là, j’ai eu une claque écologique. J’ai commencé à m’intéresser de plus en plus à ces sujets et j’ai réalisé qu’il fallait tout réinventer : notre façon de manger, de se déplacer, de travailler. Cependant, lorsque j’ai voulu m’investir pour essayer d’avoir un impact, je me suis senti seul. C’était un vertige, une déprime et une frustration de ne pas savoir comment faire. 

 

  • Il y a un moment où vous avez souhaité utiliser ce vertige pour en faire quelque chose de concret. En 2018, vous décidez de monter un collectif de salariés engagés autour de la question écologique au sein de BCG. Comment cela s’est passé concrètement ?

Le pari a été de prendre le contrepied de cette solitude en réalisant des actions concrètes. Et cela, même si j’avais l’impression que ces actions seraient trop petites par rapport à la taille des enjeux. J’ai voulu faire cela dans mon entreprise car j’y passe dix heures par jour et que si j’arrive à la faire changer, j’aurai un impact qui dépassera celui que je peux avoir individuellement. Je souhaitais le faire de manière positive, en donnant l’exemple et sans être dans une opposition qui ne fait pas avancer les choses. Je voulais montrer l’exemple et donner envie.

Concrètement, j’ai commencé à en parler dans les couloirs. Quelques personnes étaient réceptives à ces idées. Nous avons alors créé une petite communauté : nous étions cinq dans une salle de réunion. Nous nous sommes demandé ce que l’on pouvait faire de manière concrète : nous avons commencé par proposer des gourdes aux salariés puis par envoyer une newsletter à propos de l’écologie. Ensuite, nous avons participé à un appel d’offres pour changer la cantine.

 

  • Avez-vous ressenti de l’enthousiasme chez les autres salariés ?

Nous avons été surpris par la capacité d’agrégation d’un tel collectif. Nous avons réveillé des personnes qui avaient aussi cette envie. De cinq, nous sommes passés à huit puis à 20. Nous avons mené une quarantaine d’actions pour changer de fournisseurs, partager un manifeste signé par 1 500 personnes dans l’entreprise, proposer des formations, faire des fresques pour le climat, faire venir des conférenciers.

 

  • En 2021, avec d’autres salariés, vous décidez de monter en réseau tous les collectifs qui existent sur le territoire français pour créer Les COLLECTIFS. Comment cela s’est déroulé ?

Fin 2020, Nous avons commencé à travailler avec une trentaine de collectifs. Nous nous sommes rendu compte que l’on avait des expériences d’engagement assez similaires dans l’entreprise. La première action forte a été de publier, en avril 2021, une tribune fondatrice dans un média. Elle a permis d’officialiser le terme, qui n’existait pas auparavant, de collectif de salariés. Nous avons exprimé également le fait que la transition environnementale et sociale devait être la priorité des entreprises. Nous avons également affirmé que les entreprises oublient souvent d’aller consulter les salariés sur ces questions alors que certains sont dans un cheminement écologique et tous connaissent l’entreprise de l’intérieur. C’est pour cela que nous avons finalement fédéré une communauté dans le but de porter leurs voix.

 

  • Aujourd’hui vous êtes présents dans 150 entreprises de divers secteurs. Êtes-vous satisfait ?

C’est assez incroyable. Nous avons signé la tribune à 27 collectifs et nous sommes aujourd'hui 150. Certains sont matures, d’autres récents ou en cours de création. Il y a des collectifs au sein de grands groupes, dans la finance, le transport, l’énergie, dans des ETI. Cette diversité est incroyable, mais nous pouvons aller plus loin : en France, 6 000 entreprises comptent plus de 250 salariés. A minima, chacune d’elles est légitime pour avoir un collectif.

 

  • Quel est votre rôle en tant que réseau ?

Les COLLECTIFS accompagne les collectifs à se lancer, à partager les bonnes pratiques, à essayer de ne pas reproduire les erreurs d’autres collectifs. Nous aidons aussi à adopter la bonne posture d’engagement en entreprise. Enfin, nous voulons porter cette voix de manière plus large : nous essayons d’inspirer les dirigeants pour qu’ils ouvrent cet espace et acceptent cette énergie qui vient des salariés.

 

  • Quel est votre mode opératoire pour faire évoluer l’entreprise ?

Nous mettons l’action au cœur des collectifs. Nous sommes des activistes avec un grand A. Il faut faire sans attendre que d’autres le fassent. Ensuite, il y  a une éthique de l’action collective. Nous ne faisons pas les choses pour nous-même, mais avec d’autres salariés, en se rappelant que c’est pour une cause plus grande. Enfin, nous savons que la transition écologique est très complexe. Nous souhaitons être positifs et porter le message que cela ira mieux demain si l’on s’engage aujourd’hui.

 

  • Quelles sont vos relations avec la direction et avec les autres acteurs du monde de l’entreprise ?

Globalement, c’est un mode d’engagement nouveau. Comme toute chose nouvelle, cela demande des ajustements. Maintenant, il faut réfléchir à comment faire travailler ensemble toutes ces parties prenantes de l'entreprise. On invite toujours les collectifs à se focaliser sur des actions incrémentales par rapport à ce que peut faire la direction RSE, les syndicats et la direction. C’est passionnant de créer, pour les prochaines années, ce nouveau dialogue entre ces communautés de salariés qui s’engagent sur le terrain et le reste de la structuration de l’entreprise.

 

  • Chez Les COLLECTIFS, il n’y a pas que des jeunes. Vous pensez que l'intergénérationnel a des vertus ?

En effet, ces sujets vont parler au plus grand nombre. Cela a permis de regrouper des personnes qui sont dans l’entreprise depuis deux, dix ou 30 ans. Et au-delà de l’âge, dans des métiers variés. Des personnes qui ne se seraient jamais rencontrées autrement dans l’entreprise. Cela a pour effet de réhumaniser l’entreprise.

 

Propos recueillis par Théo Nepipvoda

 

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