Les employeurs de l’ESS de plus en plus engagés, mais freinés par les contraintes budgétaires
Cinq ans après le lancement de l'« Appel des employeurs engagés », l'Udes dévoile son baromètre 2026 mesurant les avancées des organisations de l'ESS en matière d'« employeurabilité ». 93 % d'entre elles ont déployé au moins dix mesures sur cinq axes prioritaires : démocratie d'entreprise, parcours professionnels, qualité de vie au travail, dialogue social et impact environnemental. Toutefois, la question salariale demeure un point de tension majeur, tributaire des financements publics.
À l’automne 2021, l’Union des employeurs de l’économie sociale et solidaire (Udes) lançait son « Appel des employeurs engagés ». L’objectif, inciter les employeurs de l’ESS à s’engager et à « faire plus et faire mieux » sur cinq axes structurants : la qualité de vie au travail, les parcours professionnels des salariés, le dialogue social et les pratiques managériales, la démocratie dans l’entreprise et enfin l’impact environnemental. Ces engagements visent, pour l’Udes, à améliorer « l’employeurabilité » des organisations de l’ESS et leur attractivité.
Pour suivre la mise en œuvre concrète de cet appel, l’organisation publie, tous les deux ans, son « Baromètre des employeurs engagés », visant à mesurer où en sont les employeurs de l’ESS sur ces cinq axes. Premier enseignement important selon l’édition 2026 du baromètre, qui interroge 727 dirigeants de l’ESS et qui vient d’être dévoilée : « le sens au travail est l’atout distinctif des organisations de l’ESS, mais il n’est pas suffisant, souligne David Cluzeau, le président de l’Udes. Les employeurs de l’ESS estiment qu’il faut aussi développer une politique de ressources humaines proactive et compétitive. »
Des facteurs d’attractivité importants
Ainsi, 93 % des organisations interrogées ont mis en place au moins dix mesures en matière d’« employeurabilité », dont 54 % au moins 20 mesures. Les deux axes d’engagement les plus investis sont la démocratie dans l’entreprise (62 % des structures ont mis en place au moins 5 mesures sur cet axe) et les parcours professionnels (53 %).
Les mesures liées à la démocratie dans l’entreprise les plus répandues et qui sont considérées par les employeurs comme d’importants facteurs d’attractivité pour les salariés sont la consultation des salariés sur le projet stratégique de la structure, la communication sur la raison d’être de la structure, l’égalité salariale entre les femmes et les hommes, la participation des salariés aux instances de gouvernance (conseil d’administration, bureau, assemblée générale), et la parité femmes-hommes dans la structure.
En matière de parcours professionnels, les mesures les plus répandues et considérées comme les plus attractives sont l’élaboration d’une politique de formation des salariés, la mise en place de processus d’intégration des salariés, les politiques de recrutement de salariés de moins de 30 ans et les politiques d’emploi de personnes en situation de handicap.
Des mesures à déployer davantage
Les trois autres axes d’engagement impulsés par l’Udes sont moins développés. Néanmoins, 35 % des employeurs de l’ESS indiquent avoir mis en place au moins trois mesures concernant le dialogue social et les pratiques managériales, 30 % sur la qualité de vie au travail, et 29 % sur l’impact environnemental.
Sur les cinq axes, le baromètre identifie 13 mesures « contributives à l’employeurabilité mais pas assez répandues », qu'il suggère de développer. Parmi elles, la mesure de l’impact social des actions de la structure, une politique de transparence salariale, la mise en place d’une charte d’éthique et de déontologie, la mise en place d’une politique d’emploi des personnes issues de quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) ou encore d’un compte épargne-temps.
L’épineuse question des rémunérations
Interrogé, lors de la présentation du baromètre, sur la question des rémunérations, souvent plus faibles dans l’ESS qu’ailleurs, David Cluzeau regrette « un écart entre l’idéal et la réalité ». Il indique que l’Udes « continue de travailler » sur ce sujet, mais « avec des contraintes extérieures qui sont très fortes et qui ne dépendent pas entièrement de nous ». Il cite ainsi « la question du marché » : « dans le care, par exemple, il s’agit de délégations de service par l’État et les collectivités, et nous dépendons totalement de leur capacité à financer ces délégations ». Il cite également la question de la « redistribution » : « nous dépendons en la matière de la capacité des pouvoirs publics à financer nos missions d’intérêt général ». « Nous rencontrons des difficultés extrêmes sur ces questions au regard des restrictions budgétaires », déplore-t-il.
« Pour que nous arrivions à mener à bien tous nos engagements, il faudra que les horizons se dégagent, revendique le président de l’Udes. La bonne volonté ne suffira pas à combler les désengagements de l’État et des collectivités. »
Camille Dorival ![]()