Aller au contenu principal
Par Carenews INFO - Publié le 4 novembre 2026 - 16:51 - Mise à jour le 4 novembre 2026 - 16:51 - Ecrit par : Célia Szymczak
Recevoir les news Tous les articles de l'acteur

Face aux difficultés sociales, la société civile appelle les responsables politiques à changer de méthode

Le Pacte du pouvoir de vivre et la Fondation Jean-Jaurès ont présenté le 4 novembre un « Baromètre du pouvoir de vivre ». Les constats sur les difficultés sociales ressenties par la population amènent les représentants des organisations membres du Pacte à demander un changement de politiques publiques à court et long termes. Mais aussi à faire preuve de davantage d'écoute et de moins de « verticalité ».

Christophe Robert, co-porte parole du Pacte du pouvoir de vivre, a jugé les revendications de la jeunesse exprimées ces dernières semaines « légitimes ». Crédit : iStock /
Christophe Robert, co-porte parole du Pacte du pouvoir de vivre, a jugé les revendications de la jeunesse exprimées ces dernières semaines « légitimes ». Crédit : iStock /

 

Le Pacte du pouvoir de vivre, qui rassemble 65 organisations de la société civile actives sur les questions sociales et environnementales, et la Fondation Jean-Jaurès, publient leur « Baromètre du pouvoir de vivre » le 4 novembre. L'objectif est de donner « une vision à 360 des enjeux du pouvoir de vivre », détaille Amandine Lebreton, la directrice du Pacte. 14 thématiques « au cœur de ce qui fait le quotidien d'une personne » sont explorées : le travail, le logement, la santé ou encore l'environnement, la mobilité et les liens sociaux par exemple, en plus des ressources économiques. Cela permet notamment, d'après elle, d'étudier comment « les contraintes s'accumulent au quotidien ». Le document s'appuie sur des données officielles, mais aussi sur un sondage réalisé en septembre par Ipsos-BVA auprès de 12 000 personnes.  

« Si on s'arrête uniquement à la statistique publique, il y a une partie du monde que l'on ne comprend pas », soutient Jérémie Peltier, co-directeur général de la Fondation Jean-Jaurès. Il s'accorde avec les représentants du Pacte sur le fait que la prise en compte des ressentis est importante pour décider des politiques publiques. À partir des données du baromètre, il constate un « sentiment de déclin individuel » et celui d'une « vie rétrécie » par des ressources insuffisantes pour répondre à ses besoins, faire face aux imprévus ou profiter de temps libre et de loisirs. « La dignité personnelle est extrêmement impactée sur tout un tas de sujets », remarque Jérémie Peltier.  

 

Dégradation des conditions de travail 

 

Un répondant sur deux déclare ainsi rencontrer des difficultés à s'en sortir pour vivre correctement et dignement, compte tenu des ressources de son foyer. Un chiffre qui interpelle le Pacte du pouvoir de vivre et la Fondation Jean-Jaurès : il s'avère beaucoup plus élevé que le taux de pauvreté mesuré par l'Insee, 15,4 % de la population, déjà un record en trente ans. La moitié des répondants dit avoir renoncé régulièrement ou quelques fois à la qualité des aliments achetés ces six derniers mois, près d'un sur cinq (19 %) reconnaît sauter des repas - les jeunes sont particulièrement concernés.  

Sur le plan de la santé, plus de la moitié des personnes sondées (54 %) se disent inquiètes de « l'état dégradé de l'hôpital public » et des délais trop longs pour obtenir un rendez-vous ou un soin (51 %).  

Concernant la qualité de l'emploi, plus de quatre actifs sur dix (44 %) jugent que leurs conditions de travail se sont dégradées ces cinq dernières années, contre un sur dix (11 %) qui estime qu'elles se sont améliorées. 

En outre, 45 % des répondants pensent que leur lieu de travail n'est pas adapté « aux défis posés par le changement climatique », comme les fortes chaleurs ou les évènements météorologiques. Cette part est identique pour l'école, aux yeux de ceux qui ont des enfants. De plus, 37 % des personnes sondées considèrent que leur logement actuel n'est pas adapté face aux périodes de grand froid ou de fortes chaleurs. Ce taux monte à 54 % pour les locataires. 

 


Lire également : Burn-out : comment la dégradation des conditions de travail dans les entreprises menace la santé des salariés


 

La société jugée conflictuelle 

 

En cas de « coup dur », plus d'un tiers (35 %) des personnes interrogées jugent ne pas pouvoir compter sur suffisamment de personnes autour d'elles pour les aider. « Pour faire évoluer les situations qui les préoccupent », un peu moins de la moitié (45 %) des répondants ont le sentiment de disposer d’espaces, de collectifs, d’associations ou d’organisations leur permettant d’agir concrètement.  

Enfin, la quasi-totalité des personnes sondées (95 %) jugent la société assez ou très conflictuelle plutôt qu'assez ou très apaisée. Selon elles, l'insécurité et les incivilités (59 %) ainsi que les inégalités économiques et sociales (42 %) sont les premiers facteurs qui contribuent aux tensions. Le rôle de l'insécurité et des incivilités est plus marqué pour les personnes de plus de 50 ans et l'est moins pour celles de moins de 34 ans. Il est cité alors que 84 % des sondés se déclarent en même temps satisfaits de leur lieu de vie concernant le cadre de vie et la sécurité. Les jeunes, plus significativement que le reste de la population, affirment que la réduction des inégalités sociales est le premier moyen de parvenir à une société plus apaisée. 

 

Des propositions pour 2027 

 

« Il faut prendre au sérieux ce que vivent les citoyens et citoyennes », insiste Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT – qui est membre du Pacte du pouvoir de vivre –, en s'adressant aux responsables politiques. À court terme, elle juge qu'il « y a des urgences sociales et écologiques auxquelles il faut pouvoir répondre » dans le budget pour 2027, discuté actuellement au Parlement. Elle appelle par exemple à « investir dans les alternatives au tout voiture » - alors que 69 % des répondants se sentent dépendants de leur véhicule au quotidien - ou s'oppose aux transferts de charges envisagés de l'Assurance maladie vers les complémentaires santé.  

« Aucune organisation du Pacte du pouvoir de vivre ne sous-estime la situation budgétaire, précise la représentante syndicale. Nous avons aussi des propositions pour une fiscalité plus juste ». Celles-ci concernent par exemple la « taxation des hauts patrimoines » ou la « réorientation du crédit d'impôt recherche » - un dispositif fiscal débattu ayant pour objectif d'inciter aux dépenses de recherche et développement dans les entreprises. 

 


Lire également : Les acteurs de l'ESS se mobilisent contre un budget de l'État jugé insuffisant face aux besoins


 

Christophe Robert, co-porte-parole du Pacte du pouvoir de vivre, par ailleurs délégué général de la Fondation pour le logement des défavorisés, mentionne aussi le « devoir du gouvernement de répondre aux difficultés pointées ces dernières semaines par les mouvements de jeunesse » dont il qualifie les revendications de « légitimes ».  

Plus largement, « il est essentiel d'apporter des réponses ambitieuses, structurelles, à moyen et long termes » aux enjeux mis en avant dans le baromètre, poursuit Christophe Robert. Avec dans le viseur l’élection présidentielle de 2027 : le Pacte présentera des propositions en début d'année prochaine. À noter, il n'échangera pas avec le Rassemblement national, dont le projet est « contraire » à celui des organisations membres, souligne le porte-parole du Pacte, rappelant en même temps sa volonté de « ne pas stigmatiser tel ou tel électeur ». 

 

Faire fi des organisations des jeunesses ou des organisations comme celles du Pacte qui sont détectrices de signaux faibles, qui voient les difficultés, les souffrances du pays (...), est inacceptable »

Christophe Robert, co-porte-parole du Pacte du pouvoir de vivre

 

« Sortir du pouvoir vertical » 

 

La présentation à la presse du baromètre constitue enfin pour le Pacte « l'occasion de lancer un double appel aux responsables politiques d'aujourd'hui et de demain », affirme Christophe Robert. D'un côté, ceux-ci doivent « changer de lunettes » c'est-à-dire « se saisir du réel pour sortir de cette vision, souvent budgétaire et quantitative », des politiques publiques, pour s'intéresser aux ressentis exprimés. 

De l'autre, il faut « changer de méthode », pointe Christophe Robert. « D'abord en écoutant, ensuite en dialoguant, puis en coconstruisant, détaille-t-il. Il faut sortir du pouvoir vertical. » Pour illustrer son propos, il revient sur la crise des gilets jaunes de 2018. « Le gouvernement a réagi sous la pression de la rue, et parfois de la dureté des mouvements sociaux », avec un « grand débat » qui « s'adressait directement à la population », ce qui ne pose « évidemment aucun problème » aux structures représentées par Christophe Robert. « Mais faire fi des organisations des jeunesses ou des organisations comme celles du Pacte qui sont détectrices de signaux faibles, qui voient les difficultés, les souffrances du pays », est, à ses yeux, « inacceptable ». 

Les changements de politiques publiques que les organisations appellent de leurs vœux « ne pourront avoir lieu qu'à condition d'associer pleinement les citoyens, les citoyennes, mais aussi les collectivités locales et les corps intermédiaires », prévient le porte-parole du Pacte. « Ses 65 organisations sont prêtes à travailler dans ce sens avec toutes celles et ceux qui sont disposés à partager le pouvoir, mais aussi à engager la société vers une société plus juste et plus durable », conclut-il.  

 

Célia Szymczak

 

Fermer

Cliquez pour vous inscrire à nos Newsletters

La quotidienne
L'hebdo entreprise, fondation, partenaire
L'hebdo association
L'hebdo grand public

Fermer