Une « offensive » en cours contre les ONG au Parlement européen, alerte Bloom
Bloom dénonce dans un rapport la création d’un groupe de contrôle sur le financement des ONG, par des parlementaires européens de droite. Elle l’inscrit dans des dynamiques plus larges.
Au sein du Parlement européen se noue une « alliance » des partis de droite contre les ONG, alerte Bloom. Cette association agissant pour la protection des océans revient dans un rapport publié le 19 mai sur ce qu’elle estime être « une campagne de dénigrement et de délégitimation » en cours à Bruxelles.
Dans son viseur : un groupe de contrôle souhaité par les députés du Parti populaire européen (PPE, droite conservatrice), dans le cadre la commission de contrôle budgétaire du Parlement européen (CONT). Ses membres ont pour mission d’« examiner les conventions de subventions relevant de l’ensemble des programmes de l’UE que la Commission [européenne] a signées avec des ONG et d’autres entités », peut-on lire sur le site de l’institution. Les députés entendent « déterminer si elles contiennent des dispositions relatives à des activités de plaidoyer auprès des institutions de l'UE », vérifier leur conformité « aux règles et réglementation en vigueur », étudier leur « impact potentiel sur le processus décisionnel » et connaître les « montants alloués ».
Aux yeux de Bloom, l’objectif est de « remettre en cause le rôle de la société civile et de s’attaquer au financement des ONG ». En outre, elle voit dans la création du groupe un signe de « l’implosion du cordon sanitaire, qui avait tenu l'extrême droite à l'écart du processus législatif européen pendant des décennies ». Le PPE a en effet pu compter sur les votes de l’extrême droite pour mettre en place l’instance en juin 2025. Les libéraux (Renew), les socialistes (S&D), les écologistes (verts) et la gauche radicale (La Gauche) s’y sont tous opposés.
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Poussée de l’extrême-droite
Pour comprendre « l’offensive » du PPE contre les ONG, d’après Bloom, il faut remonter à l’adoption du règlement sur la restauration de la nature, texte visant à restaurer les terres et mers dégradées du continent, en juin 2024. « Alors que le PPE se battait avec acharnement pour [la] faire échouer, les ONG environnementales à travers l’Europe ont joué un rôle décisif » dans la défense du texte, relate Bloom. « Le PPE ne leur a jamais pardonné. »
À la même période, des élections ont lieu au parlement et se caractérisent par une poussée de l’extrême droite. « Loin de prendre ses distances par rapport à ces partis, la direction de la droite conservatrice européenne a fait le choix délibéré de virer brusquement à droite », accuse Bloom. L’ONG fait référence à des changements législatifs alors annoncés par la présidente réélue de la Commission européenne issue du PPE, Ursula von der Leyen, dans un objectif de simplification. « Les mesures de protection de l’environnement, fleuron de la première présidence de von der Leyen, sont désormais qualifiées d’obstacle à la compétitivité européenne », décrit l’ONG.
Un discours discréditant les ONG
« Dans ce contexte, quiconque est susceptible de faire obstacle à cet agenda politique ou de continuer à défendre une vision écologique et sociale européenne ambitieuse est devenue une opposition gênante », poursuit l’association. « Aux yeux du PPE (…), les ONG progressistes, et en particulier les ONG environnementales, dont la légitimité était déjà contestée lors de la législature précédente, sont de plus en plus considérées comme des adversaires qu’il faut réduire au silence », tance-t-elle.
« Entre décembre et janvier 2025, (...) plusieurs membres du PPE de la commission parlementaire du contrôle budgétaire (CONT) ont commencé à inoculer dans l’espace médiatique un nouveau récit visant à discréditer le concept même de plaidoyer des ONG », fustige encore Bloom. Des députés leurs reprochent notamment de mener des activités de lobbying en faveur des politiques environnementales de la Commission. Quelques mois plus tard, le 26 novembre, le groupe de travail sur les financements des ONG tient sa première réunion.
Un réseau transnational
Cet événement est révélateur d’un « projet politique » consistant à « faire taire les voix dissidentes », estime Bloom. « Le risque est aujourd’hui celui du rouleau compresseur des lobbies industriels, qui s’emploient à écraser le débat démocratique européen et à faire glisser les institutions européennes vers une société fermée, dans laquelle seuls les défenseurs du statu quo et de la déréglementation auraient accès aux décideurs et voix au chapitre », s’inquiète l’association.
Pour elle, la création du groupe de travail s’inscrit dans une « alliance illibérale » reliant l’Europe aux États-Unis. Elle décrit dans son rapport un « écosystème dense de think tanks, de fondations politiques et de réseaux transatlantiques qui fournissent à l’extrême droite et au PPE son carburant idéologique, son infrastructure organisationnelle et sa légitimité politique ». Et met notamment en cause les liens entre des membres du groupe de travail et « les lobbies industriels, les mouvements d’extrême droite et les réseaux réactionnaires ».
Célia Szymczak 