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Par Fondation groupe EDF - Publié le 18 juin 2026 - 15:26 - Mise à jour le 18 juin 2026 - 15:38
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Des métiers du "faire" en manque de bras… et pourtant en pleine croissance

Industrie, artisanat, bâtiment, maintenance… Dans ces secteurs, les entreprises racontent toutes la même histoire : elles recrutent, mais ne trouvent pas de travailleurs. Alors même que ces métiers offrent des emplois stables, souvent bien rémunérés et porteurs d’avenir, ils continuent de souffrir d’un déficit d’image et d’une orientation trop tardive. L’enjeu : faire découvrir les métiers techniques dès le plus jeune âge et favoriser des parcours de reconversion.

Dans l'atelier de menuiserie de l'école ETRE à Lahage en Haut-Garonne. Crédit : ETRE
Dans l'atelier de menuiserie de l'école ETRE à Lahage en Haut-Garonne. Crédit : ETRE

 

Le constat est désormais largement documenté : la France manque de compétences techniques et manuelles, et la situation devrait s’aggraver dans les années à venir. Selon l’enquête annuelle Besoins en main-d’œuvre 2025 de France Travail, près de 2,4 millions de recrutements sont prévus cette année. Or, un projet sur deux est jugé difficile à pourvoir. En tête des métiers concernés, reviennent systématiquement les mêmes : ouvriers qualifiés du bâtiment, techniciens de maintenance, soudeurs, mécaniciens, conducteurs d’engins, métiers industriels.

 

Des besoins massifs 

 

Ces tensions s’inscrivent dans une dynamique de fond. Dans son rapport Les métiers en 2030, France Stratégie anticipe plusieurs centaines de milliers de postes à pourvoir dans les secteurs techniques ces prochaines années. Maintenance industrielle, bâtiment, artisanat, logistique, métiers de l’énergie : les besoins vont continuer d’augmenter sous l’effet combiné des départs à la retraite, la transition écologique et la réindustrialisation en cours. 

Car derrière ces chiffres, une transformation profonde est à l’œuvre. Rénover les bâtiments, produire une énergie décarbonée, moderniser les infrastructures, relocaliser l’industrie… Tous ces chantiers reposent sur des compétences techniques. Autrement dit, sur les métiers du "faire". 

Après plusieurs décennies de déclin, l’industrie recrée déjà des emplois. Plus de 100 000 postes industriels ont été recréés depuis 2017. Mais les entreprises ne trouvent pas les profils nécessaires. Techniciens, opérateurs qualifiés, agents de maintenance : les postes restent vacants, notamment dans les territoires industriels et ruraux. Le paradoxe est frappant : l’industrie recrute, mais peine à embaucher. 

 

Des métiers attractifs, victimes d’un déficit d’image 

 

L’artisanat connaît la même situation. Les entreprises cherchent, mais les candidats manquent. Pourtant, l’insertion professionnelle y est rapide. Selon le baromètre de l’Artisanat ISM-MAAF, 65 % des jeunes formés dans l’artisanat trouvent un emploi dans les six mois suivant leur formation. Un taux qui ferait pâlir bien des filières. 

L’image des métiers techniques peine cependant à évoluer, alors que la réalité du marché du travail a bien changé. Encore associés à la pénibilité, à des carrières limitées ou à des parcours scolaires de second rang, les métiers du "faire" offrent aujourd’hui des conditions attractives, dans de nombreux secteurs. Les techniciens de maintenance industrielle, par exemple, figurent parmi les profils les plus recherchés. Les salaires d’entrée sont souvent supérieurs au SMIC, les perspectives d’évolution rapides, les besoins durables. 

Pour Gabrielle Légeret, fondatrice et directrice générale de l’association De l’or dans les mains, ce déficit d’image commence très tôt. "On ne peut pas dire à un jeune de 13 ans de choisir un métier de la main si, à aucun moment de sa scolarité, ces compétences ont été encouragées, valorisées ou évaluées", souligne-t-elle. 

 

Réintroduire la pratique manuelle à l’école 

 

C’est précisément pour combler ce fossé entre l’école et les métiers techniques que l’association De l’Or dans les Mains a été créée en 2021. Son objectif : réintroduire la pratique manuelle au cœur des parcours scolaires. 

Le constat de départ est sévère. "En France, la culture de l’abstraction prédomine tout — les programmes, les évaluations, la définition même de la réussite", explique Gabrielle Légeret. "Aucun temps scolaire n’est consacré à se confronter à la matière, à faire avec ses mains." 

L’association organise des ateliers avec des artisans dans des collèges publics, en zones rurales comme dans des quartiers prioritaires. Les élèves peuvent tracer le patron d’un jean avec une couturière en mobilisant la géométrie, construire un cadre en bois avec un ébéniste ou démonter un mécanisme d’horlogerie. ”Ce n’est pas du bricolage : c’est de la connaissance incarnée", insiste Gabrielle Légeret, qui défend l’idée d’une "intelligence manuelle", c’est-à-dire la capacité à "raisonner avec ses mains". 

64 % des élèves accompagnés n’avaient jamais rencontré d’artisan avant le programme. "Cela montre à quel point cette figure ne fait pas suffisamment partie de leur imaginaire collectif", observe-t-elle. La demande explose d’ailleurs plus vite que les capacités de l’association. "Il y a une vraie appétence chez les jeunes et chez les enseignants", assure Gabrielle Légeret. "La demande pour bénéficier de notre programme dépasse largement notre capacité à répondre." 

Plusieurs pays européens ont déjà intégré cette dimension dans leurs systèmes éducatifs. En Estonie, au Danemark, en Suisse ou en Finlande, les enseignements pratiques et manuels occupent déjà une place importante dans les programmes scolaires et sont considérés comme des compétences fondamentales. 

 

Repenser l’orientation dès le plus jeune âge 

 

En France, l’orientation reste encore largement déterminée par les résultats scolaires, davantage que par les compétences ou les aspirations. La voie générale demeure la trajectoire implicite, tandis que les filières techniques et professionnelles restent trop souvent perçues comme des choix par défaut.  

Pourtant, la prise de conscience progresse. Le Plan Avenir 2025 pour l’orientation du ministère de l’Éducation nationale appelle à transformer en profondeur l’approche de l’orientation. La découverte des métiers doit commencer plus tôt, dès le collège, voire avant. Projets concrets, ateliers pratiques, rencontres avec des professionnels, immersion dans les entreprises : autant d’expériences qui permettent aux élèves de se projeter autrement. 

Cette découverte précoce des métiers est au cœur de l’approche de l’association Fusion Jeunesse, implantée en France depuis 2018. L’organisation propose dans les collèges des projets concrets en robotique, intelligence artificielle, design, agriculture ou entrepreneuriat, directement pendant le temps scolaire. "Les jeunes comprennent à quoi servent les matières dans le monde réel et professionnel”, explique Gabriel Bran Lopez, le fondateur de Fusion Jeunesse. Dans certains projets, les élèves développent par exemple un jeu vidéo, conçoivent un espace collectif ou créent des prototypes techniques avec l’aide de professionnels. 

Cette évolution apparaît d’autant plus nécessaire que les chiffres du décrochage restent élevés. Chaque année, environ 80 000 jeunes quittent encore le système scolaire sans diplôme ou avec un niveau insuffisant (Ministère de l’Éducation nationale). Pour de nombreux élèves, la confrontation au concret peut transformer le rapport à l’école. Construire, réparer, programmer, fabriquer : autant d’expériences qui donnent du sens aux apprentissages. 

 

Redonner du sens 

 

Cette volonté de redonner une place au concret inspire aujourd’hui de nombreuses initiatives. Les Écoles ETRE, créées en 2017, proposent par exemple des parcours très pratiques autour des métiers liés à la transition écologique : menuiserie, réparation, maraîchage ou énergies renouvelables. "Au bout d’une demi-heure, un jeune a déjà un outil dans les mains", résume Frédérick Mathis, cofondateur du réseau, qui accueille principalement des jeunes éloignés de l’emploi ou de la formation. 

Les Écoles de Production défendent une logique proche : apprendre un métier en produisant réellement pour des entreprises clientes. À l’École de production de l’ICAM Grand Paris Sud, les élèves passent 70 % de leur temps en atelier. "Le fait qu’ils soient attendus par de vrais clients, c’est une preuve de confiance", explique Philippine Brassens, responsable de l’établissement. Le réseau forme aujourd’hui plusieurs milliers de jeunes dans des secteurs en tension comme la maintenance industrielle, la mécanique ou la menuiserie. 

Au-delà de l’emploi, ces structures cherchent à revaloriser les métiers techniques et à montrer que les parcours d’artisans, d’ouvriers qualifiés ou d’agriculteurs peuvent eux aussi être des trajectoires de réussite. 

 

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