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Par Carenews PRO - Publié le 16 avril 2021 - 15:00 - Mise à jour le 17 mai 2021 - 10:16 - Ecrit par : Lisa Domergue
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Entreprises à mission : les groupes Danone et Rocher expliquent leurs engagements

À l’occasion d’un débat organisé par la Communauté des Entreprises à Mission, Bris Rocher, PDG du Groupe Rocher, entreprise familiale et Mathias Vicherat, secrétaire général de Danone, entreprise cotée en bourse sont revenus sur les motivations de leur structure à devenir une entreprise à mission ainsi que les défis auxquels elles font face.

Crédit photo : Olivier Le Moal.
Crédit photo : Olivier Le Moal.

 

Deux ans après la promulgation du décret de la loi Pacte qui a introduit la qualité d’entreprise à mission, la Communauté des Entreprises à Mission a organisé un débat entre Bris Rocher et Mathias Vicherat, dirigeants respectifs du Groupe Rocher et de Danone.

Le Groupe Rocher a adopté la qualité d’entreprise à mission en 2019, avec pour raison d’être de « reconnecter les gens à la nature ». Danone, qui avait déjà inscrit sa mission dans ses statuts dès 2006, est la première entreprise cotée en bourse ayant adopté la qualité d’entreprise à mission avec comme raison d’être « d’apporter la santé par l’alimentation au plus grand nombre ». 

Qu’est-ce que la qualité d’entreprise à mission ?

Définie par la loi Pacte, la qualité d’entreprise à mission permet aux entreprises qui le souhaitent d’inscrire leur raison d’être ainsi que des objectifs environnementaux et sociaux associés dans leurs statuts. 

Les entreprises qui deviennent « à mission » doivent nommer un comité de mission. Organe d’évaluation interne à l’entreprise, il est chargé du suivi de l’exécution de la mission. Un dispositif d’évaluation externe est également prévu par la loi. Il est effectué par un organisme tiers indépendant (OTI). Si ce dernier juge que les objectifs ne sont pas respectés, l’entreprise peut alors perdre sa qualité d’entreprise à mission.

« Raison d’être », une évidence ?

Pour l’entreprise familiale et l’entreprise du CAC 40, adopter la qualité d’entreprise à mission est apparue comme une évidence, dans la continuité de leurs engagements. Très jeune, le fondateur du Groupe Roche, Yves Rocher « a pris conscience que la nature avait un impact positif sur notre bien-être et qu’en retour de cette expérience, on avait envie d’avoir un impact positif sur la planète », raconte son petit-fils, PDG du groupe. Pour lui, « la marque est intrinsèquement, dans ses origines, une forme d’entreprise à mission ». Le Groupe Rocher a, par exemple, arrêté les tests sur les animaux dès 1989, soit 15 ans avant que la loi française ne l’interdise et mis fin à la distribution de sacs plastique en magasin en 2006, dix ans avant la loi.

Pour Danone, qui a inscrit sa raison d’être dès 2005 et qui compte 33 entités certifiées B Corp, adopter la qualité d’entreprise à mission semblait également être une forme de continuité. Et s’agissant des « raisons d’en être », Mathias Vicherat soulève également la fidélisation des salariés : « C’est un enjeu d’équipe pour souder les salariés au sein d’une stratégie commune. »

Embarquer les actionnaires 

À la différence du Groupe Rocher, une entreprise familiale où, de facto, les actionnaires font partie de la famille, Danone est une entreprise cotée en bourse qui doit répondre aux attentes de ses actionnaires comme l’explique son PDG : 

Il a fallu sonder les actionnaires. (...) En même temps, à partir du moment où cela s’inscrivait dans une forme d’ADN de l’entreprise, cela n’a pas été difficile. 99,5 % des actionnaires ont d’ailleurs voté “pour”. C’est sûr que lorsque vous êtes entreprise cotée, il faut davantage expliquer aux actionnaires la plus-value de devenir une entreprise à mission. Il est vrai que ce rapport aux actionnaires peut être un peu différent que dans une entreprise familiale où il est peut-être plus simple de convaincre.

Intégrer les marques

Adopter la qualité d’entreprise à mission a également induit, pour les deux groupes, d’engager non seulement l’ensemble de leurs collaborateurs tout au long de la chaîne  de valeur, mais aussi leurs marques et filiales afin que ces dernières participent à la réalisation de leur mission et de leurs objectifs. Bris Rocher donne l’exemple de la marque Petit Bateau, qui appartient au groupe : 

Stratégiquement, ça n’a pas de sens d’avoir une marque comme Petit Bateau dans le Groupe Rocher qui est un groupe avant tout focalisé sur la cosmétique et la beauté. Mais d’un point de vue raison d’être et culturel, on y trouve du sens parce que la raison d’être de Petit Bateau c’est l’épanouissement de l’enfant. Or, là où il s’épanouit le mieux, c’est en plein air dans la nature. Donc la marque trouve sa place dans le groupe, car elle contribue à nourrir la mission du groupe. 

Pour aligner ses engagements et son activité, Danone a, quant à elle, dû opérer des changements stratégiques. Le groupe a par exemple fait le choix d’arrêter la vente de bières et de biscuits, considérant que cela desservait  sa mission et ses objectifs. « [La qualité d’entreprise à mission] a guidé nos choix stratégiques, cela a été une boussole stratégique, et pas seulement un slogan de nature communicationnel », atteste Mathias Vicherat. Il précise, par exemple, que 91 % des produits vendus par Danone en Europe ont un Nutri-Score de A ou B : « Nous avons donc un portefeuille de produits qui sont scientifiquement prouvés comme étant sains et qui correspondent à la mission de l’entreprise. »

Préciser l’articulation de la gouvernance

Mathias Vicherat et Bris Rocher soulèvent cependant certains points qui mériteraient selon eux d’être précisés par une éventuelle loi  Pacte 2. Par exemple, les relations entre le conseil d’administration et le comité de mission ne sont pas définies. Le PDG du Groupe Rocher met également en lumière « quelques flous », notamment concernant les OTI, un organisme externe en charge du suivi de la mission : « Il n’y a pas de cadre défini dans la loi Pacte, on est un peu libre face à ça et c’est quelque chose qu’il faut clarifier ensemble. »

Cette première loi appelle donc les entreprises et les parties prenantes à co-construire ensemble l’avenir de la qualité d’entreprise à mission. C’est d’ailleurs ce que défend Armand Hatchuel, directeur de recherches à Mines ParisTech qui a participé au processus législatif de la loi Pacte : 

Est-ce que la loi a tout dit ? Bien sûr que non. Si nous avions été beaucoup plus normatif, la loi ne serait pas passée. La loi Pacte est le cadre qui nous permet maintenant d’avoir une série d’évolutions. Faut-il normer la relation du comité de mission et du conseil d’administration ? C’est un débat que l’on va pouvoir nourrir en analysant ce que font les comités de mission.

Lisa Domergue 

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