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Par Carenews INFO - Publié le 23 novembre 2020 - 12:00 - Mise à jour le 23 novembre 2020 - 12:11
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Et si on limitait l’écart des revenus en France ?

La crise sanitaire a remis en cause notre modèle économique. Tandis qu’une grande partie de la population est en télétravail pendant le confinement, d’autres personnes exerçant des métiers jugés «indispensables», dans les hôpitaux, magasins ou encore comme éboueurs, se mettent en danger chaque jour pour assurer le fonctionnement de notre société. Leurs emplois sont souvent moins bien rémunérés. Se pose donc la question de l’écart entre les revenus les plus élevés et les plus bas et pourquoi personne ne s’attache à faire inverser la tendance.

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Un écart de revenus important et croissant

Depuis ces dernières années, les écarts de revenus se creusent de manière croissante. Les chiffres des revenus des patrons du CAC 40 en sont une parfaite illustration. En 2018, ils  correspondaient en moyenne à 5,77 millions d'euros, selon la société d’analyse financière Proxinvest, soit 277 fois le SMIC. Même au sein d’une entreprise du CAC 40, les patrons ont encore gagné 90 fois la moyenne de plus que  leurs employés, et seulement 73 fois en 2014. En fait, cet écart diminuait jusqu'aux années 80 et les économistes de l’époque prédisaient que les revenus allaient se rapprocher encore plus.

 

Pourquoi un tel écart ?

Les raisons de la croissance des inégalités de revenus sont nombreuses : selon l’OCDE, l'économie en mutation se dirige vers une économie de services. Elle favorise les emplois les mieux rémunérés, pour lesquels il faut avoir un niveau d’éducation élevé, et elle crée des emplois très simples et mal rémunérés. De plus en plus d’emplois occupés par la classe moyenne, comme le travail dans les grandes usines, par exemple, disparaissent. D’autres facteurs comme le recul du nombre de membres dans les syndicats jouent un rôle. De même, le fait que les mariages se font de plus en plus au sein d’une même classe sociale et que le montant du taux des ménages à un parent unique augmente sans cesse, toutes ces raisons renforcent les inégalités.

 


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Que faire pour réduire cet écart ?

En juin 2020, les députés du PS, à l’Assemblée Nationale, ont soumis une proposition de loi pour que les entreprises limitent l’écart des revenus à 12 fois la moyenne du décile des salaires les plus bas. Les députés se sont inspirés de l’ouvrage de Gaël Giraud et Cécile Renouard Le facteur 12 : Pourquoi il faut plafonner les revenus, dans lequel les auteurs argumentent que le facteur 12 est l'écart maximal des salaires qui existe dans la fonction publique française et qu’il n’est pas logique qu’un employé puisse apporter plus de valeur économique à une entreprise en un mois qu’un autre en un an. Les avantages de cette limite peuvent être nombreux. Avant tout, cela pourrait arrêter la croissance des inégalités sociales et entraîner d’autres effets positifs pour la société comme une baisse du taux de criminalité, une meilleure santé et une cohésion plus forte de la société. Ce dernier concept peut sembler un peu arbitraire mais il est en fait vital pour une démocratie car les personnes qui ne pourraient pas profiter de la croissance économique seraient tentés de voter pour des partis extrêmes et anti-démocratiques. Ils seraient à la recherche d’un système politique qui puisse les soutenir. C’est donc toute la société qui profite d’une inégalité économique restreinte et pas seulement les classes sociales les plus défavorisées. Selon l’OCDE, les entreprises qui mettent en place une limite dans les écarts de revenus en profitent pleinement. En effet, il s’avère qu’elles sont plus efficaces et innovantes parce qu’elles fonctionnent comme une équipe avec un lien fort entre patron et employés.


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Les contraintes d’une limite de l’écart des revenus

Le principal argument selon lequel une limite des écarts de revenus ne représente qu’une partie de la solution pour diminuer l’inégalité est que la répartition des richesses est encore plus inégale que celle des revenus du fait qu’elle s’accumule au fil du temps entre les générations et avec la rémunération du capital. Les personnes les plus riches du monde le sont parce que leur capital, souvent sous forme d’actions, a gagné extrêmement en valeur et non pas parce qu'elles reçoivent des revenus élevés. D’autres facteurs comme une éducation gratuite accessible ou un système sanitaire de qualité peuvent aussi jouer un rôle non négligeable pour arriver à une société juste et égale.

Pour conclure, une limite aux écarts de revenus telle que présentée dans la proposition de loi du PS serait, certes, une petite révolution qui aurait le pouvoir de renforcer une classe moyenne sous pression des crises économiques et de la numérisation du travail. D’un autre côté, son effet sur le pouvoir d’achat des 1% des plus riches du monde serait négligeable.

 

Anaëlle de Veyrac

 

Partenariat Sciences Po et Carenews
Dans le cadre de ce partenariat entre Sciences Po Paris et Carenews, deux journalistes en herbe imagineront un monde meilleur, résolument tourné vers les principes d'écologie et d'égalité.

 

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