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Par Carenews PRO - Publié le 4 janvier 2021 - 12:00 - Mise à jour le 4 janvier 2021 - 12:00
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La philanthropie dans les Mondes Arabes

Comment donne-t-on de l’autre côté de la Méditerranée ? Si notre rubrique Hors Frontières a déjà pu vous emmener en Afrique subsaharienne, le monde arabe manquait encore à nos étapes. Voyage donc dans une région du monde où donner se dit تبرع .

Philanthropie et mondes arabes. Crédits : mariusz_prusaczyk

 

Le Monde Arabe : un monde de générosité ?

Le rapport de Philanthropy for Social Justice and Peace (PSJP) sur lequel nous nous appuyons largement pour cet article montre combien les us et coutumes philanthropiques sont hétérogènes au sein de cette zone. Ainsi, le World Giving Index 2019 hissait les Emirats Arabes Unis au 10e rang et notait l’importante progression dans le classement de ce pays au cours des 10 dernières années. Dans le même temps, le Maroc, l’Algérie et la Tunisie se classaient entre la 92e et la 135e place. 

 

La philanthropie individuelle entre religion et informel

Mais au-delà de ces chiffres et des limites que pose la méthodologie de l’enquête, la philanthropie du Monde Arabe est en large partie sous-tendue par des relations de personne à personne ainsi que par des motivations et des référentiels religieux. Le rapport Arab Giving Survey montre ainsi que 89 % des répondants déclarent avoir donné de l’argent au cours de l’année précédente. Ces donations sont généralement réalisées suite à une information donnée par un proche ou via des « donations boxes ». Et plus de 79 % des répondants indiquent que la religion avait une influence positive dans leur décision de faire un don.

C’est le cas en Indonésie, la zakat permet une organisation de la philanthropie, et elle est même institutionnalisée dans des pays comme l’Egypte et l’Arabie Saoudite, et obligatoire pour les entreprises dans la plupart des pays de la péninsule arabique. 

 

Le mécénat d’entreprise à l’ombre des relations avec l’État

Si les entreprises sont elles aussi parties prenantes de la générosité dans le monde arabe, elles « hésitent généralement à traiter les causes profondes, afin d'éviter les conflits avec l'État, d'autant plus depuis 2015 avec le printemps arabe » souligne le rapport du PSJP. Le résultat révèle que beaucoup d’entreprises réalisent de nombreux petits dons en espèces pour aider les organisations locales. D’autres travaillent main dans la main avec l'État sur des projets donnés. 

A l’opposé de cette approche spray and pray, d’autres entreprises structurent des projets d’ampleur. C’est notamment le cas de la Mansour Foundation qui a notamment initié la structure Lead, spécialisée dans la micro-finance. Enfin, et dans ce dernier cas comme dans d’autres, la philanthropie d’entreprise et familiale tend parfois à se confondre.

 

Des fondations entre histoire et modernité

Si la philanthropie d’entreprise reste en partie intuitive, les fondations sont en revanche une tradition de la région. Les Waqf - des dotations philanthropiques établies par des individus, souvent comme héritage après leur mort - existent depuis des siècles dans la région arabe, soutenant l'éducation, les soins de santé et de nombreuses initiatives sociales. Néanmoins, la plupart des pays de la région n’ont pas de législation protégeant les dotations réalisées. De ce point de vue, et même si les Waqf sont des éléments importants du paysage philanthropique local, ils ne sont pas nécessairement des institutions pérennes. 

Enfin, et alors même que certaines organisations sans but lucratif ont parfois plus de 200 ans, les fondations demeurent assez largement opératrices, notamment en raison d’une faible confiance dans les potentiels récipiendaires.

 

Philanthropie internationale et locale

Quand dans certains pays comme la Tunisie « il n’existe pas de fondations locales » comme le souligne le rapport du PSJP, les institutions internationales (Fondation Ford, Fondation Heinrich Böll) ont des bureaux dans la région. A l’inverse, dans des pays de la péninsule arabe, la philanthropie est avant tout une affaire locale. A ce titre, il est intéressant de constater la création de community foundations en Egypte ou en Palestine, utilisant notamment le crowdfunding et la forme du Waqf. Mais ici encore, ces formes d’organisations sont sujettes aux fluctuations du Monde Arabe. Par exemple, le printemps arabe a été un déclencheur d'action civile qui a abouti à la création d'associations, de collectifs et de fondations. Mais depuis, les États ont repris la main sur ce sujet.

 

Un futur hybride ?

Si le rapport du PSJP pointe les nombreux éléments qui ralentissent le développement de la philanthropie arabe (manque de données, de transparence, de confiance dans les ONG…), il explique néanmoins le social-business comme un élément d’intérêt pour le développement de la philanthropie. En effet, dans une région où le tiers de la population a moins de 30 ans, le potentiel de création d’emplois intéresse au plus haut point financeurs et décideurs. Pour permettre à la philanthropie arabe de fleurir ? 

 

William Renaut

 

 

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