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Par Carenews INFO - Publié le 24 septembre 2020 - 15:04 - Mise à jour le 24 septembre 2020 - 15:12
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Lamya Essemlali de Sea Shepherd France : « C’est en faisant ce que nous aimons le plus que nous contribuons le plus efficacement à la cause »

« Des pirates de compassion au service de la vie marine », c’est ainsi que le capitaine Paul Watson présente son ONG de protection de l’océan Sea Shepherd. L’engagement ne peut-il être que radical ? Lamya Essemlali, la cofondatrice et présidente de l’antenne française de l’organisation, nous a livré sa vision du militantisme et présenté les défis de Sea Shepherd pour 2020.

Crédit photo : Sea Shepherd.
  • Quels seront les combats de Sea Shepherd dans les mois à venir ?

Nous allons poursuivre notre lutte anti-braconnage à Mayotte pour y défendre les tortues marines. En métropole, nous continuerons à dénoncer le massacre des dauphins sur la façade atlantique par plusieurs méthodes de pêche industrielle. Leurs morts étant liés à la surpêche, il faut se mobiliser sur le terrain pour documenter leurs captures, sensibiliser l’opinion publique et les médias pour faire évoluer les lois. Ensuite, nous travaillons aussi de plus en plus avec les gouvernements africains, avec lesquels nous nouons des partenariats : nous mettons à leur disposition des bateaux, des équipages, et nous les aidons à patrouiller dans leurs eaux territoriales pour lutter contre la surpêche et la pêche illégale. Nous coopérons à l’heure actuelle avec sept pays, dont le Bénin, le Gabon, le Liberia et la Namibie.

  • La pandémie a-t-elle impacté l’association et ses activités ?

Le confinement a bien sûr beaucoup gêné nos actions puisque nos bateaux sont restés à quai pendant près de deux mois. Les missions que nous devions mener, notamment en Afrique, ont pris du retard. Il n’y avait donc plus du tout de surveillance dans les zones où nous patrouillons habituellement.

La pandémie a eu des conséquences catastrophiques, en particulier sur les tortues à Mayotte : les plages étant vides, le braconnage a très largement augmenté. C’est l’hécatombe. On retourne à Mayotte en octobre pour deux mois de mission minimum. En métropole, il y a eu une petite accalmie du fait que certains bateaux de pêche sont restés à quai. Mais la situation est catastrophique depuis la levée du confinement. Le taux de capture des dauphins pour cette période de l’année est inédit, c’est dramatique. 

  • Constatez-vous des améliorations depuis le lancement de Sea Shepherd France ?

Globalement, sur la mégafaune, c’est-à-dire les gros animaux, la situation est catastrophique et ne fait qu’empirer. Nous essayons de gagner du temps, de ralentir le processus, de faire prendre conscience aux gens de ce qui est en train de se passer, mais il y a plutôt une accélération de la destruction qu’autre chose. Il faut un peu se détacher de cette réalité, sinon on peut avoir tendance à être pessimiste. Il est important de garder à l’esprit que notre action n’est pas inefficace puisqu’en étant sur place, on permet de sauver des vies. Il y a encore trop d’animaux marins qui meurent, mais ce serait encore pire si nous n’étions pas là. Surtout, nous espérons que notre travail finira par amorcer quelque chose dans l’opinion publique, pour agir avant qu’il ne soit trop tard. 

  • Vous vous présentez comme « L’ONG de défense des océans la plus combative du monde. » Vos méthodes ont pu être jugées trop « agressives ». Comment construisez-vous vos stratégies de plaidoyer ? 

Notre communication s’appuie sur nos actions de terrain, c’est ce qui la rend particulièrement efficace. Notre ADN, c’est vraiment l’intervention en mer, et toute notre communication, qui en découle, permet de toucher les gens. Que des personnes risquent leur vie pour aller sauver les baleines et défendre l’océan interpelle même davantage que la mort de ces baleines. 

  • Pour vous, l’engagement est-il forcément radical ?

Il y a beaucoup de façons de s’engager, ce n’est pas forcément aller risquer sa vie sur un bateau. Au sein même de Sea Shepherd, les gens se mobilisent de façons très différentes. On a d’ailleurs besoin de ces engagements variés : tou·te·s celles et ceux qui font un travail de sensibilisation et de collecte de fonds contribuent à maintenir nos bateaux à flot. Ces milliers de bénévoles à terre permettent de porter l’action en mer. Il y a vraiment tout un patchwork d’actions très différentes, et je pense que c’est en faisant ce que nous savons faire de mieux et aimons le plus que nous contribuons le plus efficacement à la cause. Chacun·e est important·e et apporte sa pierre à l’édifice. Il y a énormément de façons de contribuer, il suffit d’avoir un peu d'imagination. 

Propos recueillis par Mélissa Perraudeau 

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