Le Shift Project dresse la liste des 20 chantiers « incontournables » pour décarboner l’économie française
La décarbonation de l’économie française est possible à l’horizon 2050 à condition d’une accélération notable sur l’ensemble des chantiers déterminés, selon le think tank présidé par Jean-Marc Jancovici.
Comment sortir notre économie de la dépendance aux énergies fossiles ? Dans un rapport publié mardi 14 avril, le Shift Project se penche sur les « 20 chantiers incontournables de la décarbonation » pour la France. Le think tank présidé par l’ingénieur Jean-Marc Jancovici avait déjà publié en 2022 son « plan de transformation de l’économie française », décliné en une quinzaine de rapports et un livre synthèse. À l’approche de l’élection présidentielle et face à la crainte d’une crise énergétique dans le contexte de guerre au Moyen-Orient, il réitère l’exercice en mettant l’accent sur « la robustesse ». Plusieurs publications sectorielles sont prévues en complément jusqu’en 2027 ainsi qu’un livre synthèse en octobre 2026.
« Nous pensons qu’il faut placer l’effort de planification dans un contexte qui pourrait être plus contrarié à l’avenir », appuie Nicolas Raillard, coordinateur de projet « Transition robuste » au sein du think tank.
Une accélération nécessaire
Transports, logements, industrie, agriculture, numérique, énergies…L’analyse des vingt secteurs clés devant se décarboner s’appuie sur des études de littérature ainsi que des entretiens d’experts et de professionnels, menés durant plus d’un an de préparation.
Premier enseignement du rapport : « la France peut réussir sa décarbonation et s’affranchir des énergies fossiles d’ici 2050 », affirme le Shift Project. Cet objectif n’est néanmoins atteignable qu’« à condition d’accélérer sur l’ensemble des chantiers ».
« La France a pris trop de retard pour faire l'impasse sur les chantiers majeurs, qu'il va falloir mener de front », estime ainsi le think tank, considérant que « tout affaiblissement de l’ambition ou tout retard dans sa mise en œuvre accroîtrait les tensions autour des ressources énergétiques, dans un monde déjà marqué par l’instabilité et les aléas ».
Une transformation globale
Pour une « transition robuste », le Shift Project appelle donc à accélérer en même temps « le rythme de déploiement industriel ou infrastructurel » ainsi que « le développement des technologies aujourd’hui peu matures », mais aussi « l’évolution des usages et des comportements », « le rythme de recrutement et de formation » et la mise en place de « bonnes conditions agronomiques et sylvicoles ».
Dans certains cas, la décarbonation implique la construction d’infrastructures, comme des pistes cyclables et des bornes de recharge électrique pour les transports, ou encore de silos adaptés aux légumineuses, une des solutions mises en avant pour réduire les émissions de l’agriculture.
Pour d’autres, une rupture technologique est nécessaire, estime le think tank, par exemple dans l’industrie lourde. « Un autre enjeu est de savoir si on est capable de produire beaucoup et vite », soulève Clément Caudron, chef de projet Transition robuste, pointant en exemple l’objectif de tripler le trafic ferroviaire d’ici à 2050 ou encore d’investir massivement dans le nucléaire ou les énergies nucléaires.
L’importance de la formation et du recrutement
Autre enjeu clé : celui des compétences. « Il va falloir recruter et former massivement », appuie Clément Caudron.
L’augmentation du trafic ferroviaire implique par exemple l’embauche de personnes pour conduire et entretenir les trains, tandis que la rénovation des bâtiments nécessite des artisans formés et le développement des énergies renouvelables des techniciens pour effectuer les raccords au réseau. D’autres métiers, comme celui de chauffagiste, devront faire face à des transformations. Et certaines professions déjà en tension, comme celle d’électricien ou de soudeurs, sont doivent être renforcées pour réussir la décarbonation, estime les membres du Shift Project.
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« Sans formation, il n’y aura pas de transition », résume Vinciane Martin, coordinatrice emploi et formation au sein du think tank. « Ces créations d’emplois sont aussi des opportunités, elles permettent de réduire les pertes d’emplois sèches dans certains secteurs comme le transport aérien ou routier », argumente-t-elle.
Un besoin massif d’électricité
Pour faire évoluer les usages, la sensibilisation est en outre nécessaire. « C’est par exemple le cas concernant la sécurité des cyclistes ou la lutte contre la désinformation sur le véhicule électrique », souligne Clément Caudron, précisant que le think tank prône « des petits véhicules abordables et sobres ».
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Conscients « qu’une partie des facteurs ne dépend pas totalement de nous », par exemple l’impact de l’évolution climatique sur les rendements agricoles, les auteurs du rapport ont établi pour chaque secteur trois versions prédictives possibles : une « réussite haute », une « réussite intermédiaire » et une « réussite basse ». « Ces versions nous permettent de déduire des enseignements : ce qu’il faut faire ou non pour que la transition soit robuste », explique Clément Caudron.
Parmi ces enseignements, le seul déploiement des voitures électriques, des poids lourds électriques et des pompes à chaleur permettraient de décarboner pour un tiers l’économie du pays, conclut le Shift Project. Ces mises en œuvre impliquent cependant une hausse conséquente de la demande d’électricité décarbonée. Or, selon le Shift Project, ni le nucléaire seul, ni les énergies renouvelables seules ne permettront d’en fournir suffisamment à terme. « Il faut donc déployer massivement les deux », conclut Clément Caudron.
Élisabeth Crépin-Leblond 