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Par Carenews INFO - Publié le 19 juin 2026 - 17:02 - Mise à jour le 19 juin 2026 - 17:34 - Ecrit par : Elisabeth Crépin-Leblond
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Sédentarité au travail : un risque majeur pour la santé aux causes structurelles

Rester assis plusieurs heures devant son ordinateur représente un risque important pour la santé. Favorisée par la numérisation, la sédentarité au travail est pourtant peu prise en compte par les entreprises. Certaines commencent à mettre en place des actions pour contrer ce phénomène mais peu analysent les causes en profondeur.

Définie par une faible dépense d’énergie en situation d’éveil, la sédentarité se matérialise dans le fait de rester assis ou en position couchée de manière prolongée et sans effectuer d’autres mouvements importants du corps. Crédit : iStock / rudall30
Définie par une faible dépense d’énergie en situation d’éveil, la sédentarité se matérialise dans le fait de rester assis ou en position couchée de manière prolongée et sans effectuer d’autres mouvements importants du corps. Crédit : iStock / rudall30

 

 

Indépendant, Wissam travaille depuis chez lui. Comme de nombreux travailleurs du secteur tertiaire, son métier lui impose de rester de nombreuses heures par jour devant son ordinateur. « Ce n’est pas dans ma nature. J’ai dû m’adapter à cette condition, mais rapidement j’ai commencé à me sentir frustrécomme si j’avais un surplus d’énergie à canaliserPuis, j’ai constaté des effets négatifs sur ma posture, mon stress et ma fatigue », témoigne-t-il.  

Dès ses études, celui qui est désormais chargé de relations publiques, a donc instauré des « astuces » pour se sentir mieux : alarmes pour penser à se lever toutes les 25-30 minutes, passage de ses appels en marchant, bureau permettant d’alterner position assisse et debout et désormais plusieurs sorties de dix minutes réparties au fil de la journée pour promener son chien. Le tout accompagné d’une activité sportive régulière.  

« Quand je travaillais en agence, c’était plus compliqué mais je trouvais d’autres moyens comme aller fumer une cigarette, boire un verre d’eau ou juste me mettre à la fenêtre pour prendre un peu le soleil. Heureusement j’avais une boîte plutôt cool, qui ne nous fliquait pas », se souvient-t-il.  

  

Un risque réel pour la santé  

  

Avec la numérisation, on bouge de moins en moins au travail. Définie par une faible dépense d’énergie en situation d’éveil, la sédentarité se matérialise dans le fait de rester assis ou en position couchée de manière prolongée et sans effectuer d’autres mouvements importants du corps. Plus de 37 % des adultes français sont en position assise plus de huit heures par jour et 95 % d’entre eux ne pratiquent pas suffisamment d’activités physiques, selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). Une situation loin d’être anodine.  

« La sédentarité augmente les risques de maladie précoces de toutes causes. Elle augmente les risques de cancer, d’accidents vasculaires cérébraux et d’accidents cardiovasculaires purs de 30 %. Elle accroît également le risque d’avoir une maladie chronique comme le diabète, de l’hypertension artérielle ou des maladies neurodégénératives », énumère le cardiologue et médecin du sport François Carré, président du collectif Pour une France en forme.

En France, la sédentarité serait responsable de 30 000 à 50 000 morts par an. À l’échelle mondiale, d’après une étude publiée en 2021 dans la revue The Lancet, elle serait à l’origine de 9 % des décès. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) la classe quant à elle comme « un facteur de risque majeur de maladies non transmissibles » et comme la quatrième cause principale de décès prématurés dans le monde.  

À plus court terme, les positions statiques prolongées entraînent des troubles musculosquelettiques (TMS), affectant les muscles, les tendons et les nerfs. Au travail, ils sont à l’origine de douleurs fréquemment répandues : au dos, aux cervicales ou au poignet notamment.  

 

Dans la société, l’immobilité est encore largement associée à la concentration et à la bonne performance cognitive »

Victor Fersing, co-auteur du livre La chaise tue.

  

Une difficile prise de conscience 

  

En plus de son impact sur la santé physique, la sédentarité joue un rôle délétère sur la santé mentale et sociale, les deux autres piliers de la santé humaine. « Elle est une des causes des dépressions minimes à modérées », explique François Carré. « Au travail, la sédentarité créée de la fatigue cognitive, des difficultés de concentration sur le long terme et peut générer de l’anxiété », complète Aicha Naib, psychologue du travail et membre du conseil d’administration de la fédération des intervenants en risques psychosociaux (FIRPS).  

 


Lire également : Burn-out : comment la dégradation des conditions de travail dans les entreprises menace la santé des salariés 

 

Malgré ses effets bien établis, le sujet est encore peu pris en compte par les employeurs. « Il y a un aspect culturel. Dans la société, l’immobilité est encore largement associée à la concentration et à la bonne performance cognitive », relève Victor Fersing, coauteur de La chaise tue : Comment échapper à la sédentarité et remettre son corps en marche. Avec Alexandre Dana, il a enquêté pendant deux ans sur le sujet en interrogeant différents professionnels : médecins, kinésithérapeutes, mais aussi professeurs de sport, architectes, éducateurs et sociologues.  

« Dès l’école, le mouvement n’est pas associé au travail. De plus, dans la société occidentale, il y a une tendance à séparer le corps de l’esprit, alors qu’en réalité tout est lié », analyse-t-il.  

 

Des cours de sport dans les entreprises ? 

  

Le gouvernement a semblé prendre conscience de l’enjeu. Dans son Plan santé au travail 2026-2030, lancé début juin, le ministère du travail et des solidarités a inscrit la lutte contre la sédentarité parmi « les outils pour mieux prévenir les malaises mortels au travail ». Les entreprises ont d’ailleurs l’obligation d’évaluer les risques associés à la sédentarité. Et certaines commencent à agir.   

Dans le cadre de sa campagne « Ensemble vers l’éco-santé », Harmonie Mutuelle souhaite par exemple inciter à la pratique de l’activité physique comme un moyen de prévention des maladies. « En France, nous sommes trop dans une logique curative et non préventive. Nous pensons que préserver le capital santé en amont est un enjeu de santé publique », défend Thomas Coutanceau, directeur de la mutuelle pour la région Centre-Val-de-Loire. 

La mutuelle propose à ses salariés plusieurs actions de « sport-santé » en interne, comme des cours de yoga, de marche de nordique ou des journées de sensibilisation. La participation à des évènements et des entraînements de course à pied sont également mis en place chaque mardi en partenariat avec la Fédération française du sport d’entreprise (FFSE). « 150 personnes participent, sur l’ensemble des cinq régions où ce dispositif est mis en place », détaille Thomas Coutanceau. Dans son ensemble, Harmonie Mutuelle compte près de 6 000 salariés. « L’idée n’est pas la performance, mais plutôt d’encourager à une activité physique quel que soit son niveau », argumente-t-il. 

La mutuelle propose aussi des offres à destination des entreprises, visant l’installation de salles de sport ou la mise à disposition de coachs, toujours avec la FFSE. « Nous essayons de trouver des dispositifs accessibles et qui touchent le plus grand nombre », explique Thomas Coutanceau. « Mais nous ne forçons personne. Il y a toujours des salariés qui ne voudront pas participer ou qui sont mal à l’aise à l’idée de faire du sport en entreprise », reconnaît-il. 

  

Équipements ergonomiques et locations de vélos 

  

La société d’agencement et d’aménagement Isospace, qui compte 60 salariés, proposait quant à elle des cours de sport une fois par mois à ses salariés, avant d’arrêter faute d’espace suffisant. « Les salariés auraient bien voulu continuer, nous essayons donc de trouver des salles disponibles », témoigne Stéphanie Grandiau, la directrice générale adjointe de l’entreprise. La participation à une course dans le cadre d’octobre rose, le mois de sensibilisation au cancer du sein, était également proposée, ainsi que des entraînements les mercredis soirs. « Le profil des participants était majoritairement féminin », indique-t-elle. 

En diffusant un questionnaire auprès de ses salariés, l’entreprise s’est également rendu compte que certains d’entre eux souffraient de TMS, dus à un mauvais équipement. « Nous avons passé quelques commandes pour améliorer les conditions de travail, comme des bras d’écran adaptables, des repose-pieds ou des tapis de souris ergonomiques. Ce sont des équipements qui n’ont pas un coût élevé pour l’entreprise », met-elle en avant. Aujourd’hui, elle envisage la mise à disposition de vélos pour les déplacements des salariés.  

 


Lire également : Fatigue ou stress des salariés : et si la sieste au travail était une solution ? 


 

Au moins 30 minutes d’activité physique quotidienne  

  

Souvent associée à une activité sportive régulière, la lutte contre la sédentarité passe en réalité par de l’activité physique quotidienne, explique François Carré. « Pour les adultes, il est recommandé d’avoir au moins 30 minutes d’activité physique par jour, associant renforcement musculaire et cardio. Si on dépasse les sept heures assis, c’est même plus », souligne-t-il. Monter ou descendre les escaliers, marcher, faire du vélo… Le cardiologue et médecin du sport invite à inclure ses actions de manière automatique dans son quotidien. Il insiste également sur la nécessité de casser régulièrement l’immobilité, au moins une fois toutes les heures, en se levant et en bougeant quelques minutes.  

En effet, lorsque nous sommes assis, notre corps « entre en hibernation », explique-t-il. Notre température corporelle baisse, nos muscles se relâchent et notre cerveau se met peu à peu « en veille », ce qui nous rend moins efficace. « Il est impossible de rester concentré au-delà d’un temps compris entre 45 minutes et 1h15. Pour réveiller notre cerveau, il faut bouger nos muscles », appuie le cardiologue. 

Le président du collectif Pour une France en forme alerte notamment sur le risque des « sportifs sédentaires ». Une activité sportive une ou à plusieurs fois par semaine, bien que bénéfique, ne permet pas en effet d’annuler les effets sur la santé provoqués par des heures d’immobilité quotidiennes. 

  

L’importance de l’environnement 

  

Pour favoriser le mouvement, il faut donc « que notre environnement nous force à bouger sans le vouloir », estime-t-il. Au travail, cela implique par exemple de penser les bureaux en espaçant les éléments dont se servent les salariés (poubelles, imprimantes, etc.). « Il y a un besoin d’offrir de la diversité dans les outils qui permettent de travailler », appuie Victor Fersing.  

L’auteur de La chaise tue suggère d’alterner entre chaises, tabourets, et sièges ballons qui permettent de rester en mouvement. Il insiste également sur des solutions à mettre en place collectivement, comme le fait de mener certaines réunions en marchant ou de permettre des pauses actives. De manière plus globale, il appuie aussi sur la nécessité de mener une réflexion plus générale. « Je pense qu’il faut remettre en avant une mode de vie plus déconnecté, plus dans la lenteur et moins dans la course effrénée vers la productivité ». 

Il y a des problématiques liées à l’hyperdigitalisation, comme des réunions en visio qui s’enchaînent sans pause mais aussi un manque de marge de manœuvre des salariés ou encore une charge de travail trop importante qui les empêchent de s’arrêter »

Aicha Naib, psychologue du travail.

 

La charge de travail et l’organisation en cause 

  

Dans les entreprises qui agissent, la prise en compte du problème reste souvent partielle, limitée à l’action individuelle des salariés. « Les entreprises ont bien en tête les risques liés aux troubles musculosquelettiques mais ne vont pas plus loin », analyse Aicha Naib. Elles ont ainsi tendance à mettre à dispositions des salariés du matériel plus ergonomique ou à diffuser des messages de sensibilisation, par exemple en incitant à se lever ou à changer de position régulièrement dans sa journée. Des mesures utiles mais insuffisantes, estime la psychologue.  

« Lors d’une analyse de sédentarité, il est intéressant d’aller chercher les causes : pourquoi les salariés se retrouvent-ils vissés à leur chaise pendant des heures ? », pointe-t-elle en avant. À l’occasion de ses interventions, Aicha Naib a ainsi identifié plusieurs facteurs favorisant la sédentarité. « Il y a des problématiques liées à l’hyperdigitalisation, comme des réunions en visio qui s’enchaînent sans pause mais aussi un manque de marge de manœuvre des salariés ou encore une charge de travail trop importante qui les empêchent de s’arrêter », note-t-elle. « Dans ces conditions, même si les salariés ont conscience de la nécessité de se mettre en mouvement, ils ne le font pas pour ces raisons », conclut-elle. 

 


Lire également : QVT : 44 % des salariés considèrent que leur entreprise la prend suffisamment en main


 

Des bénéfices aussi pour les entreprises  

  

Au travail, « c’est surtout en travaillant sur des axes organisationnels que l’on va agir sur la sédentarité », considère donc la psychologue. Elle recommande notamment de mener des évaluations en entreprise avec des observations de terrain et en impliquant les salariés. Pour alléger la charge de travail notamment, « il y a toujours des leviers d’action. On peut enlever les tâches inutiles, alléger les process trop lourds, repenser l’organisation des réunions ou développer la coopération », met-elle en avant. 

Comme François Carré et Victor Fersing, elle insiste sur les bénéfices pour les salariés mais aussi sur les entreprises. « La lutte contre la sédentarité permet d’augmenter l’espérance de vie et la santé mentale des salariés, mais aussi de diminuer l’absentéisme, d’augmenter la compétitivité et la fidélisation dans l’entreprise », argumente François Carré. « C’est un cercle vertueux », met par exemple en avant Thomas Coutanseau, d’Harmonie Mutuelle.  

 

Élisabeth Crépin-Leblond 

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