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Par Carenews PRO - Publié le 22 juillet 2021 - 09:00 - Mise à jour le 23 juillet 2021 - 12:16 - Ecrit par : Christina Diego
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Caroline Sénéclauze (fondatrice de l’association Moteur!) : « L’égalité des chances est un mirage vers lequel nous devons tendre »

Et si la confiance en soi et la mixité étaient les fondements nécessaires à une meilleure égalité ? Caroline Sénéclauze en est persuadée ! Elle nous livre l’expérience des jeunes lauréats du concours Moteur! de son association qui viennent de monter les marches du Festival de Cannes.

Caroline Sénéclauz, fondatrice de l’association Moteur! partage les actions de ses projets. Crédit : Association Moteur!
Caroline Sénéclauz, fondatrice de l’association Moteur! partage les actions de ses projets. Crédit : Association Moteur!

 

Les 25 jeunes lauréats du concours Moteur! ont gravi les prestigieuses marches du Festival de Cannes pour se voir remettre un Clap d’Or Moteur! Aux côtés des célébrités, ils ont eu la chance de vivre un moment de gloire. L’association Moteur! permet, à des jeunes âgés de 14 à 22 ans, de s’exprimer en créant une vidéo d’une minute trente sur une personne de leur entourage, qui les inspire. Leurs créations viennent donc de recevoir un prix d’exception dans un événement artistique auquel ils rêvaient de participer ! C’est l’un des projets phare de l’association Moteur! qui œuvre pour l'égalité des chances et donne au plus grand nombre de jeunes, de tout horizon, la chance de vivre une expérience culturelle, individuelle et intergénérationnelle qui les pousse à se dépasser.  Rencontre avec Caroline Sénéclauze, fondatrice de l’association Moteur! et membre de l’Observatoire de la diversité du CSA. Elle nous livre son engagement pour un projet qui ne demande qu’à grandir...

 

  • Comment est née l’idée de l'association Moteur! et son fonctionnement ?

À l'occasion de mon arrivée à l’Observatoire de la diversité du CSA, j’ai voulu aller très vite sur ces questions. J’ai créé en parallèle l’association Moteur! il y a cinq ans. J’avais monté auparavant, en Afrique du Sud, une exposition d’art noir, dans les années 86, en pleine période de l'apartheid. J’avais travaillé sur la notion d’inclusion, notamment en demandant aux artistes noirs africains des townships d’exposer leurs œuvres aux yeux de tous. C’est ce que j’ai voulu reproduire avec Moteur! Décloisonner, faire se rencontrer les jeunes de toute la France. En se parlant, ils découvrent leurs points communs, les mêmes envies, la même énergie. 

L’association fonctionne sur un modèle double, avec des subventions de la région Ile-de-France et de fondations d’entreprises. Au départ, nous avions deux mécènes principaux, la Fondation SFR et la Fondation Edmond Rothschild. Aujourd’hui, nous avons plusieurs mécènes qui nous accompagnent. Une fois par an, nous organisons une soirée de levée de fonds. 

 

 

  • En quoi consiste le(s) projet(s) Moteur! ?

Le projet Moteur! est composé de plusieurs dispositifs. Le concours Moteur! est vraiment l’action emblématique de l’association. C’est celle du début. C’est un appel à projets national destiné aux jeunes âgés de 14 à 22 ans pour qu’ils rendent hommage à une personne de leur entourage qui les inspire avec leur smartphone en une minute trente. C’est un projet très inclusif. Nous nous adressons à tous les jeunes, de tous les milieux, en favorisant la mixité. Un autre volet de l'appel à projets se fait au niveau académique, dans les Hauts-de-France, sur les académies de Lille et d’Amiens. C’est important d’amener le sujet de la confiance en soi dans les classes. 

Deuxième dispositif, nous avons créé les campus de la confiance. Dans le cadre du concours, nous amenons les 25 lauréats au Festival de Cannes et ensuite ils intègrent les campus sur cinq jours pour travailler sur la confiance en soi, particulièrement avec des séances d’éloquence, de slam et d’expression corporelle, des cinés-débats et du théâtre. Ils vivent l’expérience ensemble et en sont transformés. 

Le troisième dispositif est le serious game Moteur! déployé depuis trois ans dans des collèges et établissements en zones REP et REP+ des Hauts-de-France. Les jeunes apprennent à se connaître, en interagissant avec les autres, en définissant leurs orientations scolaires. C’est un vrai succès ! Que cela soit auprès des étudiants, des enseignants, des chefs d’établissements. Cela modifie clairement le climat scolaire de façon positive dans ces milieux scolaires. 

 

  • Comment ces trois projets créent-ils plus d’égalité ? 

Ces trois dispositifs, le concours, le campus et le serious game sont des pépites en termes de confiance en soi. C’est une vraie question d’inégalité des chances sur laquelle il faut travailler. À mon avis, cette confiance s'obtient d'autant plus quand les jeunes sont dans une mixité sociale. Je pense important de porter des projets qui fédèrent, qui cassent les codes, en incluant une représentation de tous les jeunes, c’est-à-dire même ceux qui ne s’autorisent pas à rêver ou à participer à un concours comme le nôtre, parce qu’ils viennent d’un milieu plus modeste. Ma satisfaction aujourd’hui c’est d’avoir pu amener un jeune réfugié à Cannes. Le combat n’est pas de faire un concours dédié aux personnes réfugiées, mais de permettre à de jeunes réfugiés de saisir la chance de participer à un concours comme le nôtre aux côtés de jeunes d’autres horizons. C’est cette inclusion qui est primordiale. 

 

  • La confiance est au centre des projets Moteur ! Comment la faites-vous éclore chez les jeunes ? 

Notre motto est « Ose la confiance ! » Il est vécu comme un mantra par les jeunes. Le fait d’avoir juxtaposé le verbe oser permet aux jeunes de s’autoriser à faire quelque chose. Ils se sont approprié véritablement ce leitmotiv. À l’époque où j’ai créé l’association, j’arrivais à l’Observatoire de la diversité du CSA. Je voulais incarner nos réflexions à travers un vrai projet. J’ai donc proposé d’adosser le concours Moteur! au CSA et de porter aux diffuseurs des chaînes de télévision du contenu qui parle de la diversité et réalisé par des jeunes issus de la France plurielle. 

Par exemple, quand on demande aux jeunes de choisir une personne inspirante, pour réaliser le petit film vidéo du concours, souvent, ils ne savent pas quoi répondre. On s'aperçoit que les jeunes qui décrochent n’ont pas de modèles inspirants. Le petit miracle de Moteur! c’est quand ils rendent hommage à une figure qui les inspire. Recréer ce lien-là, c’est magique pour la confiance. Créer un lien intergénérationnel, c’est leur permettre de retrouver la confiance en eux pour avancer dans la vie.  

Les campus de la confiance permettent de travailler sur cette question. Et quoi de mieux que l’éloquence pour parler, s’exprimer et oser le faire à haute de voix. On complète ces prises de parole avec le slam, pour aller chercher au plus profond des jeunes leurs fêlures, leurs brisures et complexités. Il se passe quelque chose de vertigineux, comme une thérapie. Quand on conjugue l’éloquence, le slam et l’expression corporelle, on arrive à un cocktail molotov de confiance en soi. Et on touche à l’intime du jeune. 

 

  • La notion d’égalité des chances est complexe, pas si simple à définir ? 

L’égalité des chances est un mirage vers lequel nous devons tendre. On pourrait être tentés de ne plus croire en l’égalité des chances. Or, il faut se la garder comme but ultime. C’est un rêve auquel on a tous envie de croire. 

Ensuite, on ne naît pas tous égaux ni avec une pleine confiance. En revanche, pour la chance, c’est nous, les porteurs associatifs, qui pouvons provoquer chez les jeunes l’opportunité de la saisir. Je pense que l’inclusion est une étape nécessaire pour parler d’égalités ou de chances futures. C’est très important que ces jeunes, qui ne se connaissent pas et qui grandissent dans des écoles sans mixité, puissent se rencontrer ailleurs que sur les réseaux sociaux. Les questions de mixité et d’inclusion sont vraiment primordiales pour qu’on puisse parler d’égalité de chances. 

 

  • Quels sont vos projets pour les mois à venir ?

Nous travaillons sur un Moteur en Scène! avec Muriel Mayette-Holtz, directrice du Théâtre national de Nice qui devrait voir le jour aux vacances de l’automne. L’idée est de faire en sorte que les jeunes puissent, une fois par mois, après avoir travaillé avec des comédiens, restituer cette capacité à prendre la parole avec la personne qui les inspire. Monter sur scène avec son grand-père, son coach, son professeur, c’est l'objectif. Et aller sur toutes les scènes françaises. 

Mon vœu, aujourd’hui, c’est qu’à partir de ce que nous avons modélisé et qui fonctionne si bien, cela puisse profiter à beaucoup plus de jeunes. Je souhaiterais vraiment qu’un mécène comprenne l’importance des campus de la confiance, que des centaines de jeunes venant de tous les territoires de France puissent en profiter, en les rassemblant en un lieu unique pour créer une grande communauté où tout ce qui fait Moteur! fasse sens.

 

Christina Diego 

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