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Par Carenews INFO - Publié le 22 avril 2021 - 11:21 - Mise à jour le 29 avril 2021 - 16:07 - Ecrit par : Christina Diego
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Journée de la Terre : entretien avec Véronique Andrieux du WWF France

À l’occasion de la Journée mondiale de la Terre, ce jeudi 22 avril, nous avons rencontré Véronique Andrieux du WWF France, ONG de référence dans la protection de l'environnement dans le monde, avec un réseau actif dans plus de 100 pays, composé de près de 6 millions de membres.

Journée de la Terre avec Véronique Andrieux du WWF. Crédit : Margot Lhermite, WWF France
Journée de la Terre avec Véronique Andrieux du WWF. Crédit : Margot Lhermite, WWF France

 

Véronique Andrieux, directrice générale du WWF France depuis août 2019, s’est prêtée au jeu d’une interview portrait chinois à l’occasion de la Journée mondiale de la Terre. Nous avons recueilli son regard sur les enjeux emblématiques de la biodiversité et des problématiques liées au développement durable en vue des prochaines échéances des COP26 et COP15 prévues à l'automne.  

 

  • Quelles sont les missions du WWF France ?

Les principales missions de WWF France s’articulent sur trois principaux leviers qui sont d’alerter le grand public sur les enjeux de la biodiversité en partageant des études menées sur la faune et la flore qui composent les écosystèmes. Protéger la nature, c’est protéger l’homme. Et transformer les pratiques, les comportements et les politiques. Cela veut dire transformer le regard sur la nature, la relation de l’homme avec la nature pour qu’elle soit plus résiliente et harmonieuse. Cela implique d’interpeller les gouvernements au niveau international et local, ainsi que les entreprises pour qu’elles puissent entraîner le plus grand nombre. Enfin, nous souhaitons agir sur le comportement des citoyens, des consommateurs pour qu’ils modifient certaines de leurs pratiques en faveur de la nature. 

 

  • Comment va la Terre en 2021 ?

J'aimerais vous dire que cela va bien. Malheureusement, ce n’est pas le cas. Le rapport Planète Vivante, qui fait référence chez WWF France, explique que depuis 1970 nous assistons au déclin de 68 % des populations comme les poissons, les oiseaux, les reptiles, et les mammifères. C’est une perte alarmante qui représente deux tiers d’animaux sauvages. C’est extrêmement rare et grave d’autant plus dans un contexte où les pressions humaines augmentent et s'accélèrent créant une destruction des milieux naturels. Nous constatons aujourd'hui que trois quarts des écosystèmes terrestres sont dégradés ainsi que deux tiers des milieux marins. Dans ce rapport, nous analysons les causes structurelles de cette érosion du vivant, et clairement, le problème numéro un se trouve dans les modèles de production et de consommation alimentaires. Il y a réellement un besoin urgent de changer le modèle d’agriculture et d'élevage industriel, basé sur la monoculture et les entrants chimiques qui ont un impact sur le climat, la biodiversité et la santé humaine. C’est d’ailleurs ce que nous a rappelé la maladie de la Covid-19, dont les racines sont liées à la crise écologique.

 

  • Qu'est qui ne tourne pas rond d’après vous ?

Nous n’avons de cesse de voir dans l’actualité des catastrophes naturelles, comme en 2019 les terribles incendies en Amazonie, puis ceux en Australie et en Californie. Plus récemment, nous avons assisté à des températures records en Sibérie de plus de 38 degrés. L’année 2020 a été une des plus chaudes enregistrées, la surface couverte de glace de l'Arctique est pour la deuxième fois la plus petite taille jamais observée depuis des années.

Je fais le lien avec la pandémie de la Covid-19 que nous traversons qui est à mon sens la première méga crise de la biodiversité, qui trouve ses racines dans un zoonose, c'est-à-dire une maladie transmissible des animaux sauvages à l’homme. Il est connu que la destruction des habitats naturels rapproche les hommes des animaux sauvages dont certains sont porteurs de pathogènes potentiellement dangereux.

Malgré tous ces constats alarmants et cette crise sanitaire qui a mis à terre nos existences et nos économies, nous observons que la plupart des plans de relance des pays du G20 ne sont pas fléchés vers des activités compatibles avec les accords de Paris. C’est dommage de ne pas profiter de cette crise sanitaire pour accélérer la transition écologique nécessaire. L’Agence internationale de l'énergie a publié des données sur ce début d’année et elle prévoit déjà un pic des émissions polluantes. 2021 devrait d’ailleurs être la seconde année la plus importante en termes d’émissions de CO2 depuis 2010, après la crise des subprimes. 

 

  • Si vous étiez un animal en voie de disparition, lequel seriez-vous ?

J’ai choisi la loutre, car c’est une espèce qui est présente dans les écosystèmes français et dont la population augmente. C’est un vrai succès collectif. La loutre avait quasiment disparu vers la fin des années 80. Elle reprend du poil de la bête grâce notamment aux efforts de conservation et à un plan de sauvegarde national qui a porté ses fruits. La loutre est à nouveau présente dans la moitié des départements français. Elle s’était quasiment éteinte à cause de la pollution de l’eau et de la destruction de son habitat par des activités de braconnage. C’est un très bon signal de la santé du milieu dans lequel elle vit. C’est donc très positif de voir qu’elle est réapparue. C’est le signe d’une légère amélioration de la qualité de l’eau des rivières.  

 

 

  • Si vous étiez une mer ou océan à préserver, lequel seriez-vous ? 

Deux tiers des écosystèmes marins sont dégradés. Nous devons protéger à échelle nos océans. La mer la plus proche de nous qui ne va pas bien et qui doit être protégée, c’est la mer Méditerranée. C’est comme un grand laboratoire. Elle concentre toutes les tendances observées au niveau de la planète. C’est très intéressant. Par exemple, 93 % des stocks de poissons sont surexploités dans la Méditerranée. Elle condense des usages humains divers et variés comme le tourisme, les éoliennes offshore, la pêche industrielle et la pollution plastique. Or, moins de 2 % de la surface de la mer est protégée avec un plan de gestion qui tienne. 2021 est l’année consacrée à la biodiversité, à l’automne se tiendra une COP15 à Kunming en Chine avec des engagements de préserver 30 % des aires marines protégées d’ici à 2030 dont 10 % en protection forte. On en est loin. Souvent, la tendance de certains États est de protéger où il n’y a pas de pressions humaines. Nous demandons que cette protection soit répartie sur l’ensemble des façades maritimes sans oublier la Méditerranée. N’oublions pas que les océans représentent 97 % de la surface de la Terre. Ils sont donc primordiaux pour notre vie humaine. 

 

  • Si vous étiez une femme en 2030, comment vivriez-vous  ? 

Je réviserai mon mode de consommation pour qu’il soit plus sobre, consommer moins, mais mieux. Je choisirai une démarche de sobriété positive, un choix affirmé du vivre mieux et plus centré sur l’essentiel. J’aurai adopté la mobilité douce pour mes déplacements, comme le vélo et plus de voyages en train, une alimentation avec moins de protéines animales. Je chercherai également à réduire le gaspillage alimentaire et énergétique. Je serai très mobilisée sur les enjeux climatiques et je continuerai à soutenir WWF France. 

 

  • Si vous étiez une loi pour le climat, ressemblerait-elle à celle qui vient d’être adoptée à l’Assemblée ? 

Nous sommes assez déçus de l’issue des débats de la loi Climat. Nous attendons de voir ce qui se passera au Sénat. Malheureusement, certains signes nous font craindre encore des ralentissements. L'Union européenne vient d’acter une réduction de moins 55 % des émissions de gaz à effet de serre pour 2030. Nous constatons que les décisions importantes vont être décalées à nouveau. La loi Climat et résilience est composée de certaines avancées, mais elle n’est pas à la hauteur des enjeux. Il y a eu de bonnes propositions de la Convention citoyenne pour le climat sur les modes de consommation, sur l’économie circulaire, mais beaucoup d’entre elles n’ont pas été retenues. C’est peut être dû au fait d’entendre qu’il s’agit d’une écologie du concret, comme une addition de petits pas, sans une vraie vision informée par la science. Or, il faut un vrai courage politique, parler aux citoyens, aux industries, aux différentes parties prenantes de la société pour exposer la gravité de la situation en matière d’écologie et présenter les solutions qui vont avec. Des solutions existent. Par exemple, on continue de subventionner en milliards les énergies fossiles alors qu’il y a un consensus sur une alternative technologiquement et économiquement viable. Cela ne va pas dans la bonne direction. Il faut mettre les incitations dans les bons sujets et désinvestir graduellement dans les énergies fossiles et mettre fin aux subventions néfastes pour le climat et la biodiversité. 

 

  • Si vous étiez une décision politique primordiale pour préserver la biodiversité lors des présidentielles de 2022, laquelle seriez-vous ? 

Pour nous, il serait primordial de se doter d’une législation européenne qui lutte contre la déforestation et la conversion des écosystèmes. Cette mesure interdirait la mise en vente sur les marchés en France ou en Europe de produits qui sont liés à la déforestation mondiale. On voit par exemple que l’Europe est responsable de 16 % des importations du soja, de l’huile de palme, de la viande de bœuf, des produits dérivés du bois ou du cacao importés d’Indonésie, du bassin du Congo ou du Cerrado ou d’Amazonie. Et d’un autre côté, l’Union européenne assiste à une COP15 pour s'engager pour la défense d’une biodiversité. 

Il faut absolument une loi sur la transparence et la traçabilité des produits et un devoir de vigilance des entreprises dans leur chaîne d'approvisionnement pour s’assurer qu’elles respectent les critères environnementaux.  

Une autre décision importante, à mon sens, est de réorienter la finance vers une finance durable. C’est tout l'objet de la loi de la taxonomie verte dont il est question en ce moment au niveau européen, qui consiste à classifier les investissements qui sont vraiment “verts” et ceux qui ne le sont pas, pour aboutir à une réelle transition écologique. Il s’agit de réorienter les investissements vers des fonds respectant les objectifs environnementaux. 

 

  • Si vous étiez une promesse vraiment impactante pour la Terre lors des prochaines COP16 et COP26 prévues à l’automne, laquelle seriez-vous ? 

 

Premier élément, les pays les plus pollueurs doivent ajuster leur contribution au niveau national (NDC) en s'alignant avec les objectifs de l’accord de Paris pour rester à 1,5 degré. L’objectif est clair : se donner une chance d’atteindre la neutralité carbone à 2050, ce n’est qu’ainsi qu’on évitera le pire. Nous sommes déjà à +1 degré. Si on continue en l’état des émissions actuelles, comme le rebond déjà constaté depuis ce début d’année, nous sommes partis pour atteindre +3,5 voire +4 degrés. On est très loin de l'accord de Paris et des NDC initialement accordées en 2015. Et cinq après les accords de Paris, finalement, la situation s’est encore aggravée. Pour cela, il faut prendre des mesures structurelles, comme sortir des énergies fossiles dont le gaz et le charbon, aller vers des mobilités douces et sortir de la voiture individuelle thermique, aller vers la rénovation thermique des bâtiments.  

Deuxième élément, il faut se dire que les écosystèmes peuvent constituer un tiers de la solution pour le climat. Les forêts et les savanes tropicales, les prairies, les océans sont de formidables puits carbone qui peuvent stocker jusqu'à un tiers des émissions. Les solutions fondées sur la nature constituent une piste intéressante uniquement si elles sont accompagnées par des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Il y a donc des initiatives intéressantes pour flécher 30 % des financements climat vers la biodiversité, et différents États, dont la France, se sont engagés à aller dans ce sens. 

 

 

Christina Diego   

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