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Par Carenews INFO - Publié le 30 octobre 2020 - 17:17 - Mise à jour le 2 novembre 2020 - 12:11
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Reconfinement : comment les associations de distribution alimentaire et de maraude affrontent-elles la situation ?

Alors que les associations de distribution alimentaire et de maraude se préparent au début de l’hiver, une période habituellement marquée par une hausse conséquente de leur activité, l’annonce du reconfinement soulève de nombreuses inquiétudes. Depuis le début de la crise sanitaire, un million de personnes ont basculé dans la précarité. Les associations appréhendent déjà les conséquences de ce deuxième confinement. Plus que jamais, elles sont mobilisées et espèrent que la solidarité sera une nouvelle fois au rendez-vous. Enquête.

Crédit photo : Jovanmandic.

 

Emmanuel Macron a annoncé, le jeudi 29 octobre, le reconfinement de la population, et ce jusqu’au 1er décembre.  Il est clair que la crise que nous connaissons n’est plus uniquement sanitaire mais aussi sociale. Près d’un million de personnes ont basculé dans la précarité.  

Outre ce deuxième confinement, la fin du mois d’octobre marque également le début  de l’hiver pour le milieu associatif. Le plan hivernal, initialement lancé le 1er novembre, a été avancé au 18 octobre par Emmanuelle Wargon, ministre du Logement, et la trêve hivernale débute ce même jour. L’hiver est une période de forte activité pour les associations de distribution alimentaire et de maraude. Elles pourront d’ailleurs poursuivre leurs actions d’assistance aux personnes précaires grâce à des dérogations.


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Un reconfinement basé sur l’expérience du premier

Premier constat : un goût amer de déjà vu pour les associations qui s’étaient mobilisées pour venir en aide aux personnes les plus démunies durant le premier confinement. Dès le 17 mars, l’Armée du Salut, accompagnée par d’autres associations, avait par exemple mis en place un dispositif d’urgence de distributions alimentaires dans les bidonvilles, les squats et les hôtels sociaux dans le Nord-Est parisien. La veille des annonces d’Emmanuel Macron, Carenews s’était entretenu avec Pierre Capelle, responsable d’un nouveau point de distribution de l’Armée du Salut dans le quartier de Barbès, qui nous avait expliqué : « Notre fonctionnement implique de sans cesse travailler dans l’urgence. Nous n’avons aucune anticipation des annonces que fera le Président demain soir. »


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L’association Médecins du Monde va, quant à elle, remettre en place l’organisation qu’elle avait lors du premier confinement : « On avait renforcé nos équipes et on a tourné tous les soirs durant les deux mois, au lieu de trois soirs par semaine », rappelle Guillemette Soucachet, en charge des maraudes pour les personnes à la rue à Paris. Les équipes répondaient aux signalements faits par les associations partenaires concernant des personnes qui souffraient de maladies chroniques ou qui pouvaient présenter des risques d’être positives au Covid-19.

D’autres associations sont également nées durant le confinement, comme LinkAid, qui organise des distributions alimentaires dans la région parisienne auprès de familles originaires d’Amérique latine. Lors de sa création, l’association opérait des circuits de distributions alimentaires auprès de 350 familles grâce à un camion réfrigéré prêté par une entreprise. À la fin du confinement, les équipes ont fait le choix de simplifier leur logistique en organisant un point de distribution fixe à Saint-Denis. « Les familles vont devoir se déplacer, mais pour l’instant c’est la meilleure solution dont on dispose », déclare Carolina Franco, cofondatrice de LinkAid, qui est actuellement à la recherche d’un nouveau point de distribution à Antony pour répondre aux besoins des bénéficiaires durant ce deuxième confinement.

Explosion du nombre de bénéficiaires

Toutes les associations de lutte contre la précarité semblent inquiètes de l’augmentation du nombre de bénéficiaires. « On voit arriver de nouveaux profils qui n’avaient jamais été en contact avec les services sociaux ou des associations de distribution alimentaire », explique Pierre Capelle de l’Armée du Salut. Un constat alarmant que Carolina Franco partage : « Je commence déjà à recevoir des messages de familles qui souhaitent s’inscrire. On a dû clôturer les inscriptions pour le point de distributions alimentaires à Saint-Denis, c’est pour cela que nous faisons tout pour en ouvrir un second au sud de Paris ». 

En plus des nouvelles formes de précarité liées à la crise du Covid-19, les associations anticipent une augmentation du nombre de bénéficiaires avec l’entrée dans la période hivernale. Contrairement au premier confinement, qui a eu lieu au printemps, le deuxième confinement va ainsi soulever la question de la précarité liée au logement : « Beaucoup de personnes n’ont pas les conditions pérennes pour un confinement en cette période hivernale », alerte Thierry Couvert Leroy, délégué national à la lutte contre les exclusions de la Croix-Rouge française.


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Une mobilisation de la population très attendue

Si le premier confinement avait révélé une mobilisation des bénévoles très importante, il est, selon les associations, encore trop tôt pour savoir si l’on peut espérer un scénario similaire pour ce deuxième confinement. Certaines associations, comme Médecins du Monde, ont renforcé leurs équipes et recruté de nombreux bénévoles de formation médicale ou paramédicale.

A contrario, le délégué national à la lutte contre les exclusions de la Croix-Rouge française a peur que la mobilisation des citoyens soit moins conséquente : « J’ai le sentiment que les personnes sont plus abattues que lors du premier confinement. Elles savent ce que c’est que d’être confinées. Il est important qu’on arrive à recréer une dynamique de groupe pour que les gens puissent ressentir à nouveau cette solidarité. » 

Les associations constatent également un épuisement des équipes, sur le front depuis le début de la crise sanitaire : « Pendant le confinement, il y a eu un engouement impressionnant. C’était une expérience inoubliable. Mais aujourd’hui, je ne suis pas certain que tout le monde soit prêt à se relancer là-dedans. Le premier confinement a été très fatigant », témoigne Pierre Capelle.

Le président de l’Ordre de Malte Jean-Baptiste Favatier est, quant à lui, optimiste, et est persuadé que les personnes sont sensibilisées à l’impact social de la crise : « On a de bonnes raisons de croire que la mobilisation va être aussi forte qu’à la première vague. Les personnes sont sorties d’une lecture uniquement médicale de la pandémie. »

Des inquiétudes sur les dons alimentaires et leur stockage 

Le début de l’hiver est traditionnellement marqué par les collectes alimentaires auprès des particuliers dans les supermarchés. Jean-Baptiste Favatier est persuadé que si elles ont lieu, ces collectes seront un succès. En revanche, il craint que cela ne soit plus suffisant pour répondre aux besoins des personnes touchées par la précarité en France. Et pour cause, les commerces alimentaires ont tiré les leçons du premier confinement et ont désormais une meilleure gestion de leurs stocks. Cela pourrait entraîner une baisse du volume des dons alimentaires : « Ce qui nous inquiète c’est l’accès aux ressources alimentaires car les magasins ont des stocks de plus en plus réduits alors que les besoins sont de plus en plus importants. » 

Le président de l’Ordre de Malte tire également la sonnette d’alarme sur le stockage des denrées : « La régulation des stocks alimentaires devient un sujet important pour toutes les associations. On doit être capables d’avoir des stocks et de savoir conserver les denrées alimentaires en respectant la chaîne du froid afin de proposer aux bénéficiaires, pour qui l’alimentation est une question de dignité, des repas complets. » Pour cela, il préconise une organisation et une planification des distributions alimentaires à l’échelle régionale grâce à la mise en place, par exemple, d’une plateforme de stockage commune à toutes les associations de terrain.

Lisa Domergue 

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