Aller au contenu principal
Par Carenews INFO - Publié le 4 février 2026 - 11:16 - Mise à jour le 4 février 2026 - 16:01 - Ecrit par : Camille Dorival
Recevoir les news Tous les articles de l'acteur

Clap de fin pour l’Année internationale des coopératives

L’événement de clôture de l’Année internationale des coopératives en France a été organisé le 3 février à Paris. L’occasion de souligner la diversité, la résilience et la capacité d’innovation des coopératives, mais aussi un manque de soutien par les pouvoirs publics de ce modèle d’entrepreneuriat.

Les élèves de CM2 de l'école Belleville, à Paris (20e arrondissement), au Conseil économique, social et environnemental, lors de l'événement de clôture de l'Année internationale des coopératives, derrière Bastien Sibille, secrétaire général de Coop FR, et la flamme coopérative. Crédit : Carenews.
Les élèves de CM2 de l'école Belleville, à Paris (20e arrondissement), au Conseil économique, social et environnemental, lors de l'événement de clôture de l'Année internationale des coopératives, derrière Bastien Sibille, secrétaire général de Coop FR, et la flamme coopérative. Crédit : Carenews.

 

 

« Les coopératives construisent un monde meilleur » : c’est sous ce slogan que l’Organisation des Nations unies avait proclamé 2025 « Année internationale des coopératives ». En France, cette Année internationale aura duré un peu plus d’un an. Après un lancement officiel à la Maison des Canaux, à Paris, le 21 novembre 2024, un événement de clôture a été organisé au Conseil économique, social et environnemental, toujours à Paris, ce 3 février 2026.

Entre-temps, une soixantaine d’événements dans l’Hexagone ont célébré les coopératives dans leur diversité et ont accueilli la « flamme coopérative », cet objet d’art éco-conçu pour affirmer la « fierté coopérative », comme le souligne Bastien Sibille, secrétaire général de Coop FR. Cette structure, qui a piloté l’opération, fédère les différents types de coopératives en France.  

Au niveau mondial, des coopératives ont participé à diverses festivités dans 122 pays, s’est félicité Jeroen Douglas, directeur général de l’Alliance coopérative internationale, lors de l’événement du 3 février.

 

22 000 coopératives de divers types en France

 

« La France est le pays le plus coopératif en Europe », a rappelé quant à lui Jérôme Saddier, président de Coop FR. Le pays compte ainsi près de 22 000 coopératives, qui comptabilisent 1,1 million de salariés (en incluant les salariés de leurs filiales) – ce qui représente plus de 5 % de l’emploi privé en France. Ces coopératives totalisent 344 milliards d’euros de chiffre d’affaires… soit plus de quatre fois le chiffre d’affaires du secteur automobile (76 milliards d’euros) ou du secteur aéronautique et spatial (78 milliards) en France.

Les coopératives fonctionnent sur certains principes communs : gouvernance démocratique, partage de la valeur, coopération. Elles revêtent toutefois des formes extrêmement variées, et interviennent dans de nombreux secteurs d’activité.

Ainsi, les coopératives agricoles sont chargées de collecter, transformer et valoriser la production des agriculteurs sociétaires. Elles se sont développées à partir de la fin du 19e siècle. « Aujourd’hui, il existe 2 100 coopératives agricoles, qui comptent 316 000 sociétaires et plus de 200 000 salariés en incluant leurs filiales, rappelle Dominique Chargé, président de La Coopération agricole, qui fédère ce type de coopératives en France. Elles représentent 70 % de la production dans notre pays et rassemblent les trois-quarts des agriculteurs. »

Autre type : les banques coopératives, représentées notamment par le Crédit coopératif, le Crédit mutuel ou les Caisses d’épargne. Dans ce modèle de coopératives, ce sont les clients qui sont sociétaires, détiennent des parts de l’entreprise et votent à l’assemblée générale. « La première Caisse d’épargne a été créée en 1818 avec l’idée de permettre à tous les Français d’épargner », rappelle Alain Di Crescenzo, président de la Fédération nationale des Caisses d’épargne. « Aujourd’hui, nous comptons 4,4 millions de sociétaires », note-t-il. « 30 % des PME en Europe sont financées par des banques coopératives », ajoute Priscille Szeradzki, directrice générale de la Confédération nationale du Crédit mutuel. « Même s’il n’est pas majoritaire, le modèle coopératif est loin d’être marginal », souligne-t-elle.

 


À lire aussi : L’ANTISÈCHE - Au fait, c’est quoi une coopérative ? 


 

Les coopératives de commerçants, elles, rassemblent des commerçants indépendants qui choisissent de se regrouper derrière une même marque sous forme coopérative, pour bénéficier de la force du collectif. Parmi elles, on peut citer des marques connues, comme Joué Club, Biocoop, Intersport, Optic 2000 ou la chaîne d’hôtels Best Western.

Certaines coopératives de commerçant, comme E. Leclerc, sont néanmoins régulièrement dénoncées pour faire peu de cas des valeurs coopératives sur lesquelles elles sont supposées s’appuyer. Le même type de critiques sont formulées à l’encontre de certaines coopératives agricoles ou du Crédit agricole, qui, pour certains, s’est peu à peu éloigné de ses principes fondateurs de banque coopérative. En 2023, le sociologue chargé de recherche au CNRS Maxime Quijoux pointait ainsi dans le média Basta « des dérives dans certaines coopératives agricoles qui ont mis en place un système d’opacité volontaire pour que les sociétaires ne puissent plus comprendre ce qui s’y passait ». Il évoquait aussi certaines « coopératives bancaires (...) dont les pratiques vont complètement correspondre au marché financier international ». Ces cas ne peuvent cependant pas être généralisés.

 

« Notre identité coopérative est ce dont nous sommes le plus fiers »

 

Mais le modèle de coopératives le plus connu est sans doute celui des Scop, les sociétés coopératives de production, entreprises collectivement détenues par leurs salariés. Elles étaient plus de 2 700 en 2024, rassemblant 62 000 salariés et représentant 6,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Parmi elles, Upcoop, créée en 1964 sous le nom de Chèque déjeuner pour proposer des titres restaurants, est implantée dans 25 pays, compte 3 200 salariés dans le monde et a réalisé un chiffre d’affaires de 843 millions d’euros en 2024.

« Notre identité coopérative est ce dont nous sommes le plus fiers, souligne Youssef Achour, le président-directeur général d’Upcoop. Elle définit ce que nous sommes : une entreprise qui pratique une gouvernance démocratique, qui appuie son développement sur le partage de la valeur, et qui consacre une part conséquente de ses résultats à la pérennité de son modèle. »

Une des particularités du modèle coopératif est en effet qu’il exige qu’une partie du résultat de l’entreprise, variable selon le type de coopérative et le choix de ses fondateurs, soit placés en « réserves impartageables » de l’entreprise : des fonds propres destinés à assurer la pérennité de l’entreprise, sans pouvoir être partagés entre ses membres.

 

« Une aventure collective où le tout est plus fort que la somme des parties »

 

Moment particulièrement touchant de cet événement de clôture de l’Année internationale des coopératives : des élèves de CM2 d’une école du 20e arrondissement de Paris sont venus, avec leur enseignant, présenter leur reportage radiophonique sur ce qu’est et à quoi sert une coopérative scolaire. « Chaque trimestre, les parents donnent de l’argent à la coopérative pour financer des sorties ou du matériel », expliquent-ils ainsi. Précision importante pour ces élèves-reporters : « même s’ils ne peuvent pas donner d’argent, les enfants peuvent quand même aller en sortie scolaire ». L’avantage de la coopérative scolaire ? « Elle corrige les inégalités », estiment-ils. L’inconvénient ? « Il n’y en a pas ! »

Serge Papin, ministre des PME et du commerce, en charge de l’économie sociale et solidaire, connaît bien, lui aussi, le modèle coopératif, puisqu’avant d’être ministre, il a fait toute sa carrière chez Système U, coopérative de commerçants renommée depuis Coopérative U. « La coopérative a changé ma vie, témoigne-t-il. Sans la coopérative et ce qu’elle sait faire en matière d’ascenseur social, et avec un simple BEP [de commerce], je ne serais jamais arrivé là devant vous. »

« La coopérative, c’est une aventure collective où le tout est plus fort que la somme des parties », a-t-il ajouté. « Les coopératives sont ancrées dans les territoires. Elles ne peuvent pas être délocalisées. Elles ne peuvent pas être rachetées. Elles ont aussi un pied dans le bien commun », a-t-il énuméré, les considérant comme des « modèles économiques d’avenir », qui pourront notamment contribuer à réindustrialiser la France.

Le ministre estime que « la flamme coopérative ne s’éteindra pas. Elle continuera à brûler dans chacun de vos projets. »

 

Un manque de soutien par les pouvoirs publics

 

Pour autant, en soulignant la « résilience » des coopératives et leur capacité d’innovation, Jérôme Saddier regrette le manque de soutien des pouvoirs publics à l’égard des coopératives. Un rapport de la Cour des comptes de septembre 2025 avait en effet calculé que si l’économie sociale dans son ensemble représente 14 % de l’emploi privé, elle ne perçoit que 7,5 % des aides aux entreprises en France. « Nous ne demandons pas de traitement de faveur, précise Jérôme Saddier. Nous demandons simplement à être traités à égalité avec les autres pour nous développer. »

Cette question est notamment discutée dans le cadre de l’élaboration de la Stratégie nationale de développement de l’économie sociale et solidaire, qui a été demandée à chaque État membre par l’Union européenne. Après quelques atermoiements liés notamment à l’instabilité des gouvernements, la stratégie française devrait être présentée le 23 mars prochain, selon Serge Papin. À suivre, donc.

 

Camille Dorival 

Fermer

Cliquez pour vous inscrire à nos Newsletters

La quotidienne
L'hebdo entreprise, fondation, partenaire
L'hebdo association
L'hebdo grand public

Fermer