Fast fashion : des associations dénoncent le blocage de la loi
Adoptée en mars 2024 par l’Assemblée nationale et en juin 2025 par le Sénat, la proposition de loi « visant à réduire l’impact environnemental de l’industrie textile » n’a toujours pas fait l’objet d’un examen en commission mixte paritaire. Il y a pourtant « urgence à agir », alerte la coalition d’associations « Stop fast-fashion ».
Il y a deux ans, l’Assemblée nationale a adopté la proposition de loi « visant à réduire l’impact environnemental de l’industrie textile ». Ce texte, surnommé « loi anti fast-fashion » a pour objectif de lutter contre la mode rapide et ses effets sur l’environnement.
Adopté par le Sénat en juin 2025 dans une version modifiée, il doit désormais être étudié en commission mixte paritaire avant de devenir légalement contraignant. Cette dernière n’a cependant toujours pas vu le jour. Elle devait initialement se tenir à l’automne 2025, avant d’être repoussée, en raison d’un avis circonstancié réservé émis par la Commission européenne. L’institution européenne citait parmi ses motifs de réserve l’article interdisant la publicité et celui établissant une taxe sur les petits colis.
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5 millions de nouveaux modèles d’ultra fast-fashion en deux ans
Alors que le gouvernement avait annoncé envoyer un projet de réponse à la Commission européenne « d’ici fin janvier » 2026, le texte est « encore bloqué dans les tractations entre Paris et Bruxelles », dénoncent les membres de la coalition Stop fast-fashion dans un communiqué publié le 12 mars. Instaurée par la loi de finances pour 2026, la taxe sur les petits colis est entrée en vigueur le 1er mars 2026. En février, le ministre des petites et moyennes entreprises Serge Papin a quant à lui annoncé l’objectif d’une commission mixte paritaire au printemps prochain.
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« Pourtant, il y a urgence à agir ! Le temps passe, et la surproduction bat son plein », alertent Les Amis de la Terre France, Emmaüs France, Fair trade Max Havelaar France, Zero waste France, le Réseau national des ressourceries et recycleries et Fashion revolution France, qui composent la coalition.
En s’appuyant sur un décryptage publié en 2023 par Les Amis de la Terre France, les associations dressent le bilan environnemental de la fast-fashion depuis l’adoption du texte par l’Assemblée nationale. « En deux ans, certaines marques de la fast-fashion traditionnelle ont eu le temps de sortir jusqu’à 104 nouvelles collections chacune. Quant aux entreprises de l’ultra-fast-fashion, elles ont lancé plus de 5 millions de nouveaux modèles », rapportent-elles.
Des conséquences sociales et environnementales
Face à cette situation, les associations appellent le gouvernement à faire aboutir la loi « dans sa version la plus ambitieuse le plus rapidement possible ». Elles pointent les conséquences environnementales mais aussi sociales de la fast-fashion. « Ce secteur […] se retrouve piégé dans une course vers le pire, responsable à lui seul de près de 10 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde, de 20 % de la pollution des eaux, ainsi que de nombreuses violations des droits humains », argumentent-elles.
« Cette loi, bien que faisant l’impasse sur la régulation des pratiques sociales du secteur, est une promesse attendue par les millions de personnes qui fabriquent nos vêtements et qui ont aujourd’hui trop souvent des conditions de travail déplorables et dangereuses », met en avant de son côté Valeria Rodriguez, directrice du plaidoyer chez Max Havelaar France. « Réguler ce secteur, c’est aussi faire place à une autre façon de produire et de consommer », plaide quant à lui Pierre Condamine, chargé de campagne surproduction textile aux Amis de la Terre France.
Emmaüs France et le Réseau national des ressourceries et recycleries appuient enfin sur les conséquences négatives pour leur modèle de la surproduction textile.
Élisabeth Crépin-Leblond 