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Par Carenews INFO - Publié le 15 octobre 2026 - 16:02 - Mise à jour le 15 octobre 2026 - 16:19 - Ecrit par : Célia Szymczak
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Le Fnaf s’ouvre dans un contexte difficile pour les associations

En ouverture du Forum national des associations et des fondations, le 15 octobre, des représentants des fondations et de l’économie sociale et solidaire ont appelé les pouvoirs publics à mieux reconnaître la contribution sociétale des acteurs privés de l’intérêt général.

Axelle Davezac, directrice générale de la Fondation de France, et Benoît Hamon, président d'ESS France, introduisent le Forum national des associations et des fondations, le 15 octobre à Paris. Crédit : Carenews.
Axelle Davezac, directrice générale de la Fondation de France, et Benoît Hamon, président d'ESS France, introduisent le Forum national des associations et des fondations, le 15 octobre à Paris. Crédit : Carenews.

 

Le Forum national des associations et des fondations (Fnaf) se déroule le 15 octobre à Paris, alors que les associations sont en pleine mobilisation pour alerter sur leur situation budgétaire. Les liquidations judiciaires ont quasiment doublé en 2025 par rapport à 2024 (767 contre 404). Cette même année, elles ont perdu plus de 12 000 emplois, selon ESS France, la chambre représentative des acteurs de l’économie sociale et solidaire. En 2026, 59 % des dirigeants d’associations employeuses jugent leur situation financière difficile ou très difficile, d'après Recherches & solidarités. 12 % envisagent une réduction de leur activité.  

Sur un autre plan, les attaques contre les libertés associatives par les pouvoirs publics se multiplient, selon les observateurs du secteur. Dernier exemple en date : un amendement au projet de loi de finances pour 2027, déposé par le député Rassemblement national Matthias Renault puis rejeté. Il visait à interdire aux associations recevant des subventions « toute communication ou action destinée à soutenir ou à combattre un parti ou groupement politique, un élu, un candidat ou une liste de candidats à une élection. » Il prévoyait aussi de supprimer la réduction d’impôt pour les donateurs à ces organismes d’intérêt général pour trois ans. Mais les offensives ne viennent pas que du parti d’extrême droite. 

Une situation que Claire Thoury, présidente du Conseil économique, social et environnemental (Cese), interrogée au Fnaf, explique notamment par les relations entre les pouvoirs publics et la « société civile organisée ». Depuis la Révolution, « on a peur de voir des corps intermédiaires, des corporations, se constituer et mettre en péril l’unité de l’État. On voit bien que la tentation, aujourd’hui encore, de réguler l’action des corps intermédiaires par le pouvoir en place est toujours très forte », remarque celle qui vient tout juste de quitter la présidence du Mouvement associatif. « Je pense qu’il faut qu’on revoie profondément notre modèle politique pour faire avec les corps intermédiaires », soutient-elle. 

 


Lire également : « La période renforce le besoin de s’engager dans les associations », entretien avec Claire Thoury (Mouvement associatif) et Patrice Douret (Restos du cœur) 


 

Quelle place pour l’ESS dans les programmes présidentiels ?  

 

« L’argent, pour moi, n’est qu’un symptôme » révélant « la place qu’on accorde au modèle non lucratif dans notre société », confirmait un peu plus tôt Axelle Davezac, la directrice générale de la Fondation de France, en ouverture du Fnaf. La situation la préoccupe, notamment en ce qui concerne le financement des « petites associations, parfois toutes petites », jugées « essentielles ». « Les fondations doivent aujourd’hui être au rendez-vous des difficultés du secteur associatif », a estimé Axelle Davezac, tout en prévenant : « il ne faut surtout pas, ce qui peut parfois être une tentation des pouvoirs publics, imaginer que les fondations remplaceront ce que font les pouvoirs publics, ce n’est à mon sens ni souhaitable ni possible ». « Il faut donner les moyens [au secteur] de faire son travail d’intérêt général en argent et en droit », poursuit-elle. Elle exige également des candidats à l’élection présidentielle « qu’ils s’engagent sur leur vision du secteur » des associations et des fondations, un « impensé des politiques publiques » à ce jour. 

 


Lire également : Philanthropie et pouvoirs publics : « la confiance n’est pas forcément là » 


 

« Certains pensaient que le recul du service public se traduirait par une montée en puissance des acteurs privés non lucratifs de l’intérêt général, analyse Benoît Hamon, le président d’ESS France. Ce n’est pas le cas. Nous sommes fragilisés au moment où la pauvreté n’a jamais été aussi grande en France. » En effet, le taux de pauvreté (15,4 %) a atteint un record depuis que l’Insee a débuté sa mesure, en 1996. Benoît Hamon mentionne également l’augmentation de « la pauvreté des enfants », « l’isolement des personnes âgées » ou des « inégalités [qui] n’ont jamais été aussi insolentes ». Il invite ainsi à « porter un plaidoyer qui revendique les bénéfices de nos programmes, de la liberté associative, le rôle indispensable dans la cohésion sociale des acteurs privés de l’intérêt général ».   

Les candidats à l’élection présidentielle « qui ne mettent pas sur la table une stratégie sérieuse de développement de l’ESS et les budgets qui vont avec, ceux-là n’auront pas une once de crédibilité » face aux transitions numérique, démographique et écologique, poursuit celui qui dirige aussi l’ONG Singa. 

 

Un maintien des crédits pour la vie associative 

 

Marina Ferrari, la ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative, a assuré avoir pour objectif de « faire exister la voix de la vie associative dans le débat » pour la présidentielle. Retenue à des obsèques, elle s’est exprimée dans une vidéo et devait se rendre au forum en personne l’après-midi. « Vous pouvez compter sur moi pour défendre la vie associative, a-t-elle certifié. Sans les associations, des pans entiers de notre société ne tiendraient pas. » 

Elle a aussi cité le « titre insultant » de la une du Journal du dimanche du 20 septembre, évoquant des « milliards engloutis par les associations ». « Nous avons été très nombreux à nous indigner de la remise en cause du tissu associatif et de son rôle, a-t-elle constaté. Je tenais à vous renouveler de vive voix mon soutien plein et entier. » Afin de « mettre davantage en lumière la contribution économique et sociale des associations », la ministre souhaite par ailleurs que le ministère « produise plus de données », via l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (Injep).  

« Pour défendre la vie associative, il faut aussi vous donner de la visibilité », a continué Marina Ferrari. Elle s’est donc félicitée des décisions prises par le gouvernement pour le projet de loi de finances pour 2027, actuellement débattu au Parlement. Le texte initial préserve le « cadre fiscal de la générosité », a-t-elle insisté, avec une « nouvelle mesure concernant les donations », une incitation fiscale pour les personnes reversant au moins 1,1 % d’une donation versée par certains membres de leurs familles au profit d’organismes sans but lucratif venant en aide aux personnes les plus démunies ou accompagnant les victimes de violences domestiques. À cela s’ajoute une « infime baisse de l’ordre de 10 millions d’euros » sur le budget de la vie associative. Celle-ci concerne essentiellement les services civiques. Malgré cette coupe, le ministère maintient son objectif de 135 000 volontaires en 2027, le même qu’en 2026.  

« Les nouvelles mesures des PLF et PLFSS [projet de loi de financement de la sécurité sociale] 2027 font peser un risque lourd et immédiat sur la pérennité » des employeurs de l’économie sociale et solidaire, a au contraire pointé l’Udes, leur syndicat, le 12 octobre. Les associations de solidarité internationale se sont aussi offusquées d’une coupe majeure dans les crédits proposés pour leur secteur, de l’ordre de de 1,9 milliard d’euros. 

 


Lire également : Ce que prévoit le projet de loi de finances pour 2027 pour les associations et l'économie sociale et solidaire 


 

Annulation d’un débat 

 

Au-delà du budget, l’avenir ne s’annonce pas forcément meilleur pour les associations. « La question qui se pose aujourd’hui, pardon de mettre les pieds dans le plat, c’est de penser à ce qu’il se passerait au 21e anniversaire du Fnaf [l’année prochaine] si ce pays était dirigé par l’extrême droite », s’est inquiété Benoît Hamon, quelques minutes avant l’intervention de la ministre.  

Le Mouvement associatif, qui représente environ 700 000 associations, sur 1,5 à 1,6 million, s’est indigné la veille de « la présence annoncée du Rassemblement national » au forum. Il s’agit d’un parti dont « les prises de position et les initiatives politiques remettent régulièrement en cause les libertés et les moyens d’action des associations », a dénoncé l’organisation dans un communiqué. « L’extrême droite s’oppose à de nombreux combats portés par les associations », a-t-elle également fustigé.  

Le débat, dans lequel devait intervenir Laure Lavalette, vice-présidente du Rassemblement national, a finalement été annulé quelques heures plus tard, le 13 octobre. « À la suite de plusieurs désistements parmi les personnalités politiques attendues, les conditions ne sont plus réunies pour garantir la pluralité des points de vue. Ce cadre pluraliste étant au cœur de notre démarche, nous avons pris la décision d’annuler cette séquence », a indiqué dans une communication David Jacquot, le directeur du Fnaf.  

 

L’évolution du bénévolat, un défi pour les associations 

« Dire qu’on serait plus individualiste ou qu’on se désintéresse de l’intérêt général, c’est archi faux », a pointé Axelle Davezac, de la Fondation de France, affirmant que « la France est l’un des pays dans lesquels le bénévolat est le plus important ». 

En 2026, la part de bénévoles parmi les 15-34 ans augmente par rapport à 2010, selon Recherches & solidarités, un organisme non lucratif qui produit de l’information sur le secteur. 25 % des Français sont bénévoles, contre 22,5 % en 2010. Sur 13 à 13,5 millions de bénévoles, 3 millions s’investissent ponctuellement, 4,6 à 4,8 millions le font chaque mois et 5 à 5,2 millions chaque semaine. Le nombre de bénévoles qui s’investissent de façon régulière diminue. 

« Dans les plus jeunes générations, au fond, on ne s’engage pas dans un syndicat, dans une association pour 40 ans. Il y a un rapport à la communauté qui évolue dans le temps. Je vais m’engager pour telle ou telle cause pendant quelques mois, quelques années  (…). Après, je m’engagerai ailleurs », a détaillé Axelle Davezac. Cette évolution représente un « énorme challenge pour les associations », a-t-elle avancé. 

 

Célia Szymczak 

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