QVT : 44 % des salariés considèrent que leur entreprise la prend suffisamment en main
L’édition 2026 de l’enquête annuelle « Dans la tête des salariés français » menée par l’entreprise Great Place to work, montre un souhait de la majorité des salariés français que leur entreprise s’engage. Ces derniers sont cependant significativement touchés par les sujets de santé mentale et physique liés au travail. Ils identifient l’arrivé de l’IA davantage comme un risque, et la flexibilité du temps du travail comme une opportunité.
86 % des salariés pensent que leur organisation a un rôle clé à jouer pour rendre la société meilleure, rapporte l’enquête 2026 de Great Place to work, une entreprise spécialisée dans la mesure de la qualité de vie au travail (QVT). Réalisée avec l’institut de sondage Toluna auprès de 4 200 personnes, cette enquête annuelle, intitulée « Dans la tête des salariés français », se penche sur les ressentis des salariés vis-à-vis de leur vie au travail.
Concernant la responsabilité sociétale des entreprises (RSE), les résultats de l’édition 2026 montrent un désir d’engagement de la part de leur entreprise plutôt présent chez les salariés français. 81 % d’entre eux pensent ainsi que la définition d’une mission ou de valeurs pour leur entreprise est importante, soit 4 points de plus par rapport au sondage précédent. 54 % disent également se sentir concernés par le sujet de la RSE, tandis que 52 % considèrent que leur organisation a un fort engagement RSE.
48 % des salariés estiment en outre que la politique RSE de leur entreprise a un impact concret sur leur quotidien professionnel. Ce sentiment est davantage présent chez les managers (60 % contre 36 % chez les non-managers), mais aussi chez les moins de 35 ans (62 % contre 42 % chez les 35 ans et plus), chez les hommes (56 % contre 39 % chez les femmes) et au sein des entreprises de plus de 10 salariés (51 % contre 36 %).

La santé mentale des salariés fragilisée
L’enquête 2026 de Great Place to work montre également un désir d’implication des salariés au travail. 56 % d’entre eux souhaitent ainsi prendre davantage de responsabilités, motivés à 74 % par le développement professionnel, à 72 % par l’amélioration de la rémunération et à 54 % par une plus grande participation aux décisions.
Ce désir d’action se heurte cependant à des problèmes de santé physique et mentale largement implantés. 4 salariés sur 10 disent ainsi avoir déjà connu un « burn out » ou un état d’épuisement professionnel. Cette situation est davantage présente chez les moins de 35 ans (54 % contre 36 % chez les 35 ans et plus), chez les femmes (46 % contre 37 % chez les hommes) et chez les salariés avec moins de deux ans d’ancienneté (51 %). Les secteurs d’activité dans lesquels les burn-out sont les plus présent sont en premier l’agriculture, la sylviculture et la pêche, suivi de la construction puis de la finance, de l’assurance et de l’immobilier.
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De manière plus large, 26 % des salariés français estiment que leur activité professionnelle au quotidien affecte leur santé mentale « négativement » ou « très négativement ». Ce sentiment est le plus élevé dans l’hébergement médico-social, l’action sociale et l’enseignement (au-dessus de 40 %), ainsi que dans l’administration publique (37 %). 21 % des salariés français décrivent également leur santé mentale comme « mauvaise » ou « très à risque ».
33 % des salariés se disent encore vidés de leur énergie à la fin de leur journée de travail, 29 % trouvent leurs missions répétitives ou peu stimulantes et 23 % se sentent dépassés par la charge de travail. Au contraire, 16 % ont l’impression de ne pas avoir assez de travail.
L’action des entreprises pour la QVT en hausse, mais toujours insuffisante
Du côté de la santé physique, 43 % des salariés répondants disent ressentir « régulièrement » ou « parfois » une douleur ou une gêne physique liée à leur activité professionnelle.
Face à cet état des lieux, le ressenti des salariés vis-à-vis des mesures de QVT déployées s’améliore mais reste mitigé. 44 % des salariés considèrent ainsi que leur entreprise prend suffisamment en main l’enjeu de la qualité de vie au travail, soit une hausse de 6 points par rapport à l’édition 2025. 36 % estiment que l’action de l’entreprise se limite à des actions « cosmétiques » sans réel impact et 19 % que leur entreprise ne fait aucune action.
33 % des salariés estiment également que leur entreprise ne met en place aucune action concrète de prévention et de soutien sur le sujet de la santé mentale. Ils sont davantage nombreux chez les non-managers (40 % contre 26 % chez les managers), au sein des entreprises de moins de 10 salariés (41 % contre 31 % pour les entreprises de 10 salariés et plus), chez les femmes (39 % contre 27 % chez les hommes) et chez les plus de 35 ans (36 % contre 26 % chez les moins de 35 ans). Parmi les salariés qui décrivent leur santé mentale comme « mauvaise » ou « très à risque », seuls 8 % estiment que leur entreprise met en place de réelles actions pour améliorer la qualité de vie au travail de tous les collaborateurs.
50 % des salariés estiment enfin que leur entreprise ne propose pas d’actions ou de dispositifs pour favoriser la santé physique.
On oublie de se demander si la manière de travailler en tant que telle est toujours adaptée à la société actuelle ». Alexandre Stourbe, conférencier spécialisé dans la fonction RH et le futur du travail.
Un manque de temps et de formation des managers
Les salariés sont pourtant aussi nombreux à souhaiter des actions de la part de leurs dirigeants. 55 % demandent qu’ils fassent preuve d’écoute, 46 % qu’ils soient garants de la qualité de vie au travail et 40 % qu’ils soient d’excellents communicants capables de les motiver.
Ces demandes se heurtent cependant à la réalité vécue par les managers. Près de 4 managers sur 10 déclarent manquer de formation et 1 sur 2 dit manquer de temps pour exercer pleinement son rôle. Ce constat « met en lumière un modèle managérial indispensable au bon fonctionnement des organisations, mais fragilisé par un écart croissant entre le niveau d’exigence et les moyens réels dont disposent les managers pour y répondre », souligne Great Place to work.
« Le sujet de la qualité de vie au travail est souvent traité par des mesures individuelles. Mais on oublie de se demander si la manière de travailler en tant que telle est toujours adaptée à la société actuelle », appuie quant à lui Alexandre Stourbe, conférencier spécialisé dans la fonction RH et le futur du travail, lors d’une présentation de l’étude organisée par l’entreprise. Il insiste notamment sur la charge cognitive intrinsèque, c’est-à-dire les informations devant être traitées par le cerveau, accentuée par les évolutions technologiques et l’intelligence artificielle. « Il y a un impensé organisationnel concernant la santé mentale », considère de son côté Tiphaine Galliez, directrice consulting chez Great Place to work.
L’IA perçue comme un risque, la flexibilité du temps de travail comme une opportunité
Concernant le futur du travail, le plus gros risque perçu par les salariés est l’intelligence artificiel (IA). 32 % la considère comme « le plus grand risque lié au travail à l’heure actuelle », soit 13 points de plus que l’année dernière. S’ensuit la difficulté à recruter et le burn-out, considérés tous les deux comme le plus grand risque par 28 % des salariés, soit une augmentation de 5 points pour la première et une diminution de 2 points pour le second, par rapport à l’édition 2025.
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38 % des salariés ont par ailleurs vécu une évolution technologique ou un changement d’outil (dont intelligence artificielle) cette année. C’est le plus grand facteur de changement au travail, devant la transformation liée au déploiement d’une nouvelle organisation (30 %) et le développement de nouvelles pratiques managériales (29 %).
À l’inverse, les trois plus grandes opportunités identifiés pour le futur du travail par les salariés sont la flexibilité du temps de travail (32 %), la semaine de quatre jours (32 %) et l’attention accrue portée à la QVT (28 %). Les trois aspects les importants du travail identifiés par les salariés sont quant à eux l’autonomie (44 %), la relation avec les collègues (qui a augmenté de 16 points par rapport à l’édition précédente pour atteindre 42 %) et l’équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle (36 %).
Comme éléments qui les amèneraient à changer d’entreprise, les salariés citent en premier la rémunération (31 %) puis le sens du travail (28 %) et l’équilibre entre la vie professionnelle et personnelle (27 %).
Élisabeth Crépin-Leblond 