SÉRIE - Découvrir l'histoire de l'économie engagée
Qu’ont en commun le mouvement mutualiste, le commerce équitable, la responsabilité sociale des entreprises, la finance solidaire et les entreprises à impact ? Même s’ils concernent des sujets différents et qu’ils n’ont pas tous le même rapport à la rentabilité financière, ces mouvements ont pour ambition de trouver des solutions concrètes à des problèmes sociaux ou environnementaux. Ils font partie de l’économie engagée. Une économie qui a traversé de nombreuses crises, mais sans cesse innove, s'adapte, se réinvente pour contribuer à construire un avenir désirable pour toutes et tous.
Dans cette série d'article, Félix Beaulieu, cofondateur d’On purpose France, enseignant à Sciences Po Paris et à l’Essec, retrace l'histoire des différents mouvements formant l'économie engagée, en faisant apparaître le contexte dans lequel ils ont émergé, leurs points communs, leurs spécificités, leurs forces et leurs limites.
Entre mars et décembre 2026, Carenews publiera une série d'articles consacrée à l’histoire de l’économie engagée. L’ensemble couvrira un champ large : économie sociale et solidaire, responsabilité sociétale des entreprises ou encore mécénat. Félix Beaulieu, auteur de ces articles, explique ici avec quelle intention et de quel point de vue il a conçu cette série.
Apparue dès l’Antiquité grecque, la philanthropie a perduré au fil des siècles. Elle représente aujourd’hui plusieurs milliards d’euros en France, issus de particuliers ou d’entreprises, qui financent des organisations et projets d’intérêt général. Certaines pratiques ne sont cependant pas sans poser de questions.
C’est au XIXe siècle que la mutualité devient un modèle : formalisé, reproductible, progressivement doté d’un discours propre. De la destruction des corporations par la Révolution à la grande charte de 1898, c’est l’histoire d’une forme organisationnelle qui s’invente dans les marges du droit, négocie pied à pied sa reconnaissance, et finit par structurer une part essentielle de la protection sociale française jusqu’à aujourd’hui.
Les fruitières du Jura fabriquent collectivement du comté depuis le XIIIᵉ siècle. Mais la coopération comme projet économique conscient, conçu pour être reproduit et diffusé, est une invention moderne du XIXᵉ siècle. Elle se structure en mouvement à partir des années 1860, lorsque convergent un espace légal, des modèles étrangers et une tension idéologique.
Le paternalisme patronal désigne les pratiques par lesquelles un employeur prend en charge, de façon organisée et durable, le bien-être social de ses salariés, au-delà de la simple relation de travail. Ce modèle est apparu au XIXe siècle en France et ailleurs, avant de décliner avec la mise en place des États-providence et le développement du droit du travail au XXe siècle.
Le bénévolat est apparu sous sa forme moderne à partir des années 1860-1870, notamment avec la création de la Croix-Rouge par Henry Dunant en 1863. Aujourd’hui, c’est une composante essentielle du fonctionnement des associations, en France et ailleurs dans le monde.
L’État-providence a été progressivement mis en place dans les pays occidentaux à partir des années 1920, et a permis d’importants progrès sociaux. Il est aujourd’hui un partenaire essentiel des organisations engagées. Toutefois, celles-ci agissent aussi en partie pour pallier ses défaillances.
« Trade, not aid. » En 1964, cette formule marque une rupture : le développement ne passe plus seulement par l'aide, mais par des termes d'échange justes. Le commerce équitable trouve dans les années 1960 son premier grand momentum : une légitimation politique, doublée d'une structuration concrète avec les premières boutiques, les réseaux d'import et les fédérations militantes. Il faudra toutefois attendre 1988 pour qu'il trouve son outil de massification : le label.
La microfinance consiste à donner accès à des services financiers aux personnes exclues du système bancaire classique. Elle s'est développée à partir des années 1970, notamment grâce à Muhammad Yunus, au Bangladesh, comme un outil de lutte contre la pauvreté et d'« empowerment », notamment des femmes. Elle trouve ses racines dans les coopératives d'épargne et de crédit, apparues dans l'Europe du XIXe siècle.
Dans les années 1970, en France, les associations et ONG commencent à recruter des équipes permanentes. Avec l'arrivée de la gauche au pouvoir en 1981, elles obtiennent une forte reconnaissance institutionnelle. Aujourd'hui, elles jouent un rôle central dans la mise en œuvre des politiques publiques et incarnent en même temps un contre-pouvoir majeur dans le système démocratique français.
Apparues dès la fin des années 1970 à l'initiative d'acteurs de terrain, les structures d'insertion par l'activité économique fournissent des emplois à des personnes éloignées du marché du travail tout en les aidant à résoudre leurs difficultés sociales. Elles ont progressivement été reconnues comme un pilier des politiques de l'emploi et de la lutte contre l'exclusion.
À partir des années 1980, dans un contexte de développement du capitalisme financier, les entreprises développent leurs pratiques de mécénat. Cet essor est l’un des axes des politiques de responsabilité sociétale des entreprises, même s’il reste limité en France, puisque seules 9 % des sociétés y font du mécénat.
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