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Par Carenews PRO - Publié le 24 février 2020 - 11:02 - Mise à jour le 3 mars 2020 - 10:43
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[Décryptage 1/2] Comprendre les fonds à impact

Quels sont les principaux fonds à impact en France ? Comment les définir ? Sont-ils bien différents des fonds ISR ? Alors que de plus en plus d’investisseurs revendiquent s’inscrire dans une démarche d’investissement à impact, on a voulu faire le point. Dans cette première partie, nous nous penchons sur les spécificités des fonds à impact français.

Crédit photo : artisteer.

C’est en 2007, aux États-Unis, que le terme d’impact investing est défini lors d’une réunion de la fondation Rockefeller. L’année suivante naissait le Global Impact Investing Network (GIIN), qui structure le concept et prône son déploiement. Les fonds à impact commencent alors leur essaimage, et font même l’objet d’un G8 dédié en 2013. En France, l’impact investing est traduit par investissement à impact. Et il ne se passe pas un mois sans qu’un nouveau fonds de ce type voit le jour. 

L’impact, « une notion mouvante »

Spécialiste des fonds d’investissement en Europe et dans les pays émergents, Aglaé Touchard-Le Drian a notamment été responsable du fonds SIA (Social Impact Accelerator) au Fonds Européen d’Investissement (FEI). Désormais directrice associée chez RAISE Impact (la structure d’investissement à impact développée par le groupe RAISE), elle nous a raconté avoir constaté l’intérêt croissant des fonds de capital investissement classiques pour les fonds à impact à partir de 2013. « Ils sont très à la mode depuis trois à cinq ans », abonde Guillaume de Vauxmoret, responsable de l’analyse solidaire chez Ecofi Investissements. De fait, les sociétés de la Commission Impact de France Invest, l’association française des investisseurs pour la croissance, gèrent six fois plus d’actifs qu’il y a cinq ans. Un engouement qui pose question, puisque l’impact est « une notion mouvante à laquelle de plus en plus d’acteurs se rattachent », a souligné Aglaé Touchard-Le Drian. 

Pour clarifier les contours des fonds à impact français, nous nous sommes tournés vers la Commission Impact de France Invest. Pour elle, c’est la définition du GIIN qui fait autorité. Ainsi, les investissements à impact sont « réalisés avec l’intention de générer un retour positif, ayant un impact social et environnemental mesurable, tout en assurant un rendement financier »

Impact investing : l’intentionnalité et la mesure de l’impact

Parmi ces trois dimensions, les expert·e·s que nous avons interrogé·e·s ont particulièrement insisté sur l’intentionnalité et la mesure d’impact. Les fonds à impact sont ainsi créés pour soutenir des entreprises dont la mission première est d’œuvrer à la résolution d’un problème social ou environnemental. « La question de l’impact doit être considérée a priori, pas a posteriori », a appuyé Jon Sallé, responsable de l’Observatoire de Finansol

Les moyens mis en œuvre par la structure pour répondre à ce problème social ou environnemental doivent ensuite faire l’objet d’une mesure continue et de rapports d’impact. Ces deux critères fondateurs des fonds à impact, l’intention et la mesure d’impact, excluent de fait les fonds labellisés ISR (Investissement socialement responsable), qui se structurent eux autour des critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance). Ces points d’analyse extra-financiers visent à éviter des impacts négatifs, tandis que l’impact investing a pour objectif d’entraîner des effets sociaux ou environnementaux positifs.

Malgré ce distinguo évident en apparence, les fonds investissant dans des entreprises cotées et comportant le mot impact dans leur intitulé peuvent prêter à confusion. Si le GIIN inclut les fonds cotés dans ses calculs, les Français·es appellent à la prudence. Pour Aglaé Touchard-Le Drian, la place et la mesure de l’impact sont plus difficilement appréciables dans l’univers des entreprises cotées. « Il reste plus facile de mesurer et d’influer sur la trajectoire d’amélioration environnementale et sociale d’une entreprise dans le non coté, à travers un rôle d’actionnaire actif dans la gouvernance », a-t-elle notamment soulevé. Si la notion d’impact est brandie par de plus en plus de sociétés de gestion traditionnelles, « les fonds à impact relèvent du monde du non coté » défend Jon Sallé. 

Que penser alors des fonds solidaires, dit les fonds « 90/10 » ? Si la poche majoritaire est consacrée à des investissements socialement responsables, les 5 à 10 % restants vont bien à des entreprises non cotées agréés ESUS (entreprises solidaires d’utilité sociale). Pour trancher, il faut ici convoquer la sacro-sainte mesure et se dire que cette frange des fonds solidaires peut être considérée comme relevant des fonds à impact si, et seulement si, ce dernier fait l’objet d’une évaluation continue.

Les fonds à impact, une tache d’huile ? 

Ces considérations restent cependant, pour le moment, des questionnements de niche. En avril 2019, le GIIN évaluait le montant d’actifs dédiés à l’investissement à impact à 502 milliards de dollars dans le monde, soit 1 % des actifs mondiaux (en incluant les fonds d’entreprises cotées). France Invest salue toutefois « un montant très significatif et en forte croissance, avec l’arrivée régulière de nouveaux investisseurs »

Son étude menée en 2018 auprès des membres de sa Commission d’impact a montré qu’en France, les fonds sous gestion dédiés à l’investissement à impact atteignaient 1,6 milliard d’euros. Un montant en constante progression, même si l’Europe reste derrière les États-Unis et le Canada, qui gèrent près de 60 % des actifs mondiaux de l’impact investing. D’après Amit Bouri, le cofondateur du Global Impact Investing Network (GIIN), l’investissement à impact est bien en train de devenir « une force avec laquelle il faut compter »

La mesure d’impact 

Comme dans l’économie sociale et solidaire en général, la mesure du ou des impacts des fonds à impact pose question. « Il y a énormément de méthodes, de grilles d’analyse. La mesure d’impact des fonds n’est pas encore standardisée, nous a expliqué Aglaé Touchard-Le Drian. Il y a cette tension entre la nécessité, d’un côté, de standardiser des indicateurs clé, et, de l’autre, d’être très spécifique à l’investissement en question. Au-delà d’indicateurs quantitatifs, il peut également être intéressant de prendre en compte des indicateurs qualitatifs pour montrer le changement apporté par l’investissement. » 

Jon Sallé constate en conséquence « des stratégies liées à l’impact pouvant énormément diverger ». Ainsi, « Citizen capital est très attaché à la mission, tandis que Phitrust va mettre en avant le capital patient et l’accompagnement de l’entrepreneur »


  Découvrez notre second article sur le sujet : [Décryptage 2/2] Notre top 10 des fonds à impact


Mélissa Perraudeau 

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